LA llÉTHODE EXPÉRil\IEXTALE 557 à notre vue. D'ailleurs nous ne pouYons que IC'sob8erver: il nous serait impossible d'agir sur eux. Le physicien, le chimiste. le biologiste, comme le sociologue aussi, peu ,·ent, au contraire faire varier par des expériences les phénomènes qu'ils étudient. « La méthode expérimentale, ùit encore Claude Bernard, n'est point primitive et naturelle à l'homme: cc n'est qu'apr0s avoir erré longtemps clans les discussions théologiques et scolastit1ues quïl a fini par reconnaitre la stérilité de ;;es efforts dans cette ,·oie. L'homme s'aperç-nt alor.➔ qu'il ne peut dicter de lois à la nature, parce quïl ne pos:;i.>depas en lui-mème la connaissance et le criterium des choses extérieures, et il comprit que pour arriver à la vérité, il doit, au contraire, étudier les lois naturelles et soumettre ses idées à l'expérience, c'est-à-dire au criterium de faits.» Ici, je citerai une note, qui, à mon avi,;, a une grande importance dans le débat: « Il y a trois classes d'hommes. Le,; uns vont ùe l'idée au fait, ce sont les pla/o11itif'lt8; ils subordonnent les faits à l'idée; ils cherchent la confirmation <le leurs idées, prennent ce qui les confirme, négligent ce qui leur est opposé. Ces hommes sont très nombreux. - D'autres homme:; sont etl'islolf'lir-ie11s. Ils vont du fait ou de l'obscrYation à l'idée : mais ils dépassent ordinairement le fait d'observation ; ils tirent des conclusions ou des consé(1uences inexactes, par le raisonnement posl hoc, (>l'.(JO proplr>r hoc. Les platoniciens et les aristotéliciens ;:ont donc exposés à l'erreur, et ils y tombent presque iné,·itablement. La troisième classe d'hommes, qui sont rares et dont je vise à augmenter le nombre, ce sont ceux qui, allant tantôt de l'idée au fait, tantôt <lu fait à l'idée, ne cherchent qu'une cho1,e: lier, cimenter· le fait et l'idée d'une manière indissoluble par le déterminisme vigoureux et par une critique de toutes les causes d'erreur qu'il s'agit d'éliminer. C'est ce déterminisme scientifique qui constitue une philosophie scientifique. Les savants qui sont platoniciens ou aristotéliciens ont toujours besoin d'une théorie à 111·iori ou à pmderio1·i. 1'1oi,je n'en· ai pas besoin; je me repose sur la doctrine de la nécessité du lien entre le fait et l'iùée, entre le phénomèn<:l et ses conditions.'Ce lien, qui n'est que le rapport, est absolu (le relatif seul est absolu), et c'est cet absolu qu'il faut trouver, parce qu'il nous donne la connaissance certaine et les moyens d'action sur les phénomène!:!. Il n'y a pas de cause immédiate des phénomènes, car il ::i'y a que ùes transformations, des apparitions de phénomènes dans des conditions déterminées ... » (Clau<le Bernard, notes inédites communiquées par M:. d'Arsonval, professeur suppléant au Collège de France). Le troisième moyen de vérifier les solutions politiques, et qui
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