551. LA REVUE SOCIALISTE pour nous rendre compte des circonstances dans lesquelles nous vivons, pour dégager les lois des phénomènes, nous conduire d'apr~s elles quand nous ne pouvons pas les dominer ou diriger à notre gré, et aboutir ainsi à l'harmonie. A présent nous sommes plus ou moins éloignés de nos sauvages ancêtres, habitants des forêts et troglodytes. Xotre cerveau s'est différencié dans une large mesure, nos actes sont beaucoup plus conscients, et, somme toute, je crois qu'Alfred Fouillée a raison quand, dans son livre, Lu f:kil'1!CI' Sociale Contemporcûn(', il reproche à Spencer et à Hartman d'avoir exagéré le rôle de l'inconscient, et de l'instinct dans les sociétés humaines. D'ailleurs l\I. Degreef, dans son cours sur « la structure des sociétés », donné à la chaire Jes sciences sociales de l'Université de Bruxelles, rectifie lui-même sa première opinion. Autrement il serait un peu difficile d'expliquer « la propriété que possèdent les individualités de s'unir entr'elles, tant au point de vue économique qu'aux points de vue génésique ou familial, intellectuel, moral, juridique et politique .... » ; il serait un peu difficile de concilier les phénomènes contractuels, précisément ceux qui justifient la constitution de la Sociologie comme science à la fois indépendante et souveraine, phénomènes qui nous ouvrent les voies vers une vie supérieure, avec un état qui naîtrait surtout de l'inconscient et de l'instinct. La méthode employée en Biologie et en Sociologie, la méthode expérimentale, voilà le talisman qui doit nous guider en politique aussi, qui n'est d'ailleurs que la sociologie appliquée,- voilà le moyen qui nous permettra de réduire le nombre des systèmes, de déterminer une norme générale d'orientation; bref, de mettre tout le monde, ou, en tout cas, le plus gi-,1ndnombre, d'accord. C'est ici le moment de déclarer que par la politique j'entends la science qui se rapporte aux actions des gens vivant en société, la vaste science qui s'occupe de résoudre les questions d'intérêt général, les questions sociales, conformément à l'évolution normale des choses. C'est aussi le moment de déclarer que je ne restreins nullement la méthode expérimentale seulement à une série limitée de faits. Quand une solution politique sera suffisamment vérifiée, quand nous emploierons dans la vérification le même amour de la vérité, l'harmonie s'établira facilement. Je crois qu'on peut tirer un grand enseignement de ce que dit Claude Bernard dans son ouvrage l'I,1trodttclion à la Médecine expérimentale : (( Quand deux physiologistes ou deux médecins - ou deux savants quelconques - se querellent pour soutenir chacun leurs idées ou leur théorie, il n'y a au milieu de leurs arguments contradictoires qu'une seule chose qui soit absolument certaine: c'est que les
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