La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA MÉTHODE EXPÉRIMENTALE 553 unité de vue générale, d'arriver à une entente, de mettre fin aux différends, aux luttes sanguinaires qui existent entre les hommes? L'entente, le travail en commun ou dans la même direction sont demandés par les tendances mêmes de la nature humaine, par nos instincts bien compris et bien cultivés. }fous ne sommes plus aux temps de la barbarie, pour nous déchirer les uns les autres, nous entredévorer,pour rester toujours emportés par le torrent dela lutte pour la vie. Plus nous nous développons, mieux nous nous rendons compte que pour nous procurer une pins grande somme de jouissances, nous <levons nous associer, nous entr'aider, faire en sorte d'assurer le dé.-eloppement de tous dans les limites naturelles, et àppeler tout le monde à une part égale des bienfaits de la civilisation. Et il est évident que nous ne comprenons pas nos intérêts si nous agissons autrement. L'entente, le travail en commun, sont demandés aussi par la division des sciences, par la division du travail Pt par nos bE>soins chaque jour plus complexes. Isolés, toujours en lutte, non seulement nous ne pouvons contenter nos multiples besoins, mais nous sommes condamnés à la dégénérescence. Dans notre société moderne, l'isolement, les antagonismes poussés à l'extrême, équivalent à la mort. A ceux qui m'objecteraient l'organisation particulière de chaque individu, la diYersité des penchants, je répondrai que cela n'empêche nullement l'établissement d'une entente et d'une parfaite harmonie entre les hommes. Et, pour cela, il n'est pas besoin de modifier les tempéraments, d'unifier ou d'anéantir les penchants héréditaires ou développer dans cles milieux spéciaux, ni de faire intervenir un autoritarisme exagéré de la part de quelques-uns. Lorsqu'on aura réglé quelq nes intérêts généraux, il restera à chacun un champ assez étendu pour l'expansion de ses penchants individuels. La diversité des penchants est même utile car, de leur concours mutuel et de leur combinaison raisonnable sort le progrès. Le sociologue belge, Guillaume Degreef, dans son Int rod1tction à la Sociologie, écrit: « Dans la vie collective aussi bien que dans la vie individuelle, la méthode et le raisonnement conscient sont une exeeption infime; l'inconscience, l'action réflexe, l'instinct, président bien plus à notre conduite forcée et à la politique soçiale que la mémoire, le raisonnement et la volonté ... » D'où on pourrait conclure à un jeu du hasard, à une sorte de fatalisme oriental, et à l'inutilité de toutes les tentatives faites en vue de coordor,.ner et de conserver le plus possible toutes nos forces. Si nous pouvons admettre cela tant qu'il s'agit du passé, nous ne nous sentons nullement portés à l'admettre pour l'avenir. Aujourd'hui déjà nous avons à notre disposition une foule de moyens,

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