53l LA REVUE SOCrALISTE La libre pensée du philosophe primitif est désormais absorbée par l'unique souci de l'existence matérielle et par le désir d'affranchissement. L'Etat monopolise dans le sein des classes dirigeantes l'œuvre de l'amoncellement des richesses matérielles et des richesses intellectuelles. Les uns - le plus grand nombre - sont ainsi arrachés violemment à la méditation et repoussés de la source rle la lumière et du bien. En eux demeurent incultes tous les éléments qui avaient germé clans l'esprit de l'homme patriarcal ; l'essor d'imagination qui portait celui-ci à idéaliser tout ce qui l'entourait, s'arrête brusquement pour des siècles. Les autres ne profitent des connaissances acquises qu'autant qu'elles peuvent leur être utiles pour atteindre leur but, c'està-dire la domination du monde par tous les moyens possibles. La philosophie et la science deviennent alors l'apanage de quelques personnes favorisées et isolées. L'amour subit le même sort que la pEnsée philosophique. En vain nous chercherions des traces du culte de l'amour perdu, même à l'époque fiol'issante de la poésie classique des Grecs et des Romains. L'idéal de l'amour comme base de la fraternité n'avait pas de place dans cette nouvelle société. « Le monopole de la richesse et des pouvoirs dans quelques mains d'une part,et d'autre part l'esclavage de la majorité ne pouvaient donner naissance qu'à une législation remplie d'injustices, de violences et poussant au développement del 'ambition,de la prodigalité et de la débauche». Comment s'étonner dês lors que l;:il,ittérature de cette époque ait cessé de refléter le plus noble ides sentiments humains qui, plusieurs siècles auparavant, était l'objectif de l'activité humaine et le but de toute destinée. En revanche, dès que cette littérature se plaçait sur le terrain de la vie pratique, elle prenait forcément nn caractère de protestation. Les grands poètes de la Grèce nous montrent « Prométhée qui ose lutter ouvertement avec le terrible Zeus: Antigone qui pour venger le droit opprimé,marche hardiment et fièrement au-devant de Créon et bravant sa colère impétueuse court à une mort certaine; Philoctètes, gardant jalousement et fidèlement l'héritage d'Héraclès, les flèches magiques qui doivent assurer la prise de 'l'roie». Derrière ces images immortelles, l'amour reste à l'arrièreplan, même dans les moments tragiques où l'impitoyable destinée prononce et applique son verdict. On ne peut considérer comrnti expression du culte de l'amour les murmures voluptueux de la, muse ivre d'Alcée, d'Ibicus, d'Anacréon. Les accents du véritable amour olympien se font encore moins entendre dans les œuvres de la littérature épicurienne de
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