La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

ERO <lité même no s'explique quo par l'effort d'imagination excessif que l'amour soul était capable d'inspirer. C'ommcnl une ('ulture intellectuelle relati\·oment supérieure a-t-elle pu s'allil'r au fétichiRme le plus grossier ? Se p1·osterner devant un bœuf ou quelque autre animal, punir du dernier supplice le meurtre in \'Olontaire de certains animaux, Re faire battre par l'cnnC'mi plutôt que d'écraser un chat, quoi de plus sot? Remarquez cependant que pour réaliser alors de telles extravagances, il fallut une intensité d'imagination autrement grande qu'il n'en faut aujourd'hui à un élève de philosophie pour s'assimiler la représentation de quelques idées abstraites, comme celle de l'éternité du mouvement. Ces notions, pour nous bizarres et clifficilt•ment compréhenRibles, apparaissent au philosophe comme les t1·.1cescxpressi n's et touchantes de l'amour qui rapprochait l'homme <le la nature ; <r: elles s'élèvent des ruines mystérit•uses et des tomhes oubliées, comme les feux follets qui luisent dans les ti•nèbros clola nuit." Pour nous explique1· l'origine de ces conceptions qui éveillent le rire des bambins de notre époque, il faut se reporter aux temp~ patriarchaux, à cette époque primitive ou l'homme vivait et travaillait pour son p1·01ire ,·ompte, où sa pensée, sa fantaisie, ses sentiments ne rencontraient aucun obstacle physique ou moral, où il mettait son bonheur dans l1i possession d'un petit terrain, d'une grasse prairie, d'une ~ou1·cerapprochée, de quelque liétail, où enfin sa conception de la félicité humaine ne franchissait pas les limites de la liberté pleine et entière, rie l'indépendance absolue de son action sui· les ~Ires et Jps choses. Chacun pensait alors et agissait 1>ou1s·oi-m~me et n'arnit personne à instruire. L'esprit et les sentiments planaient dans les hautes l'égions; ils n'étaient pas rapetissés ni boi-nés par un idcal politique ou .scientifique officiel. L'homme primitif t<tait une sorte de philosophe indépendant. Il dèflnissait lui-mèmP. son culte et se créait, dans la naiveté d"un cœur simple et avec la hardiesse d'uu esprit libre, une représentation toute personnelle de la divinité. • • • ;\lais voici que les conditions économiques se modifient. On commence à échanger les fruit~ du travail : (les rapprochements se produisent qui amènent des transfol'lnationf! diverRes. L'J<:tat se constitue et avec lui l'idylle va s'évanouir. L'argent fait son apparition, permettant d'amonceler de grandoA richc::;s<:'Bsous un petit volume, mais dont la garde devient difricile. L'instinct de rapine s'éveille ; des compétitions surgissent. La sécurité s'en va. Des conquérants sèment la crainte et l'inquiétude. Un nouvel ordre de choset:1se crée, où l'on se préoccupe avant tout de préserver ses biens et d'en amasser de nouveaux. Dans l'âpre Iutte qui s'est ouverte, le faible tombe en esclavage. Le joug qui l'opprime pèse sur son esprit comme sur son corps.

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