La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

532 LA RE\'UE SOCIALISTE Ils se rcnrontrent enfin, rrs deux ètres malheureux, en proie à uneattrnction invincible qui les rcnfl si ridicules aux yeux du monde p1·atiquequi les entoure. Quelle célrste lumière dans leu,· regard I Quels transpo:·ts exaltés trahissent chacun des traits de leur vioage et chacun de leurs mouvements ! où rtt,·ouverait-on en eux l'empreinte de cetlt' tristesse. de cet abattement qui les carart<'risait et cette opp,·ession du rœu1·, cc brouillard du cen•eau qui faisait tout à la fois leur délire et leur tourment? Qu"on les raille, qu'on les considè1·ecomm.i des fous, peu leur importe ! ll'ailleurs, vous qui les millez, sachez qu'avec tous les mensonges et les infamies ,le votre ci\'ilisalion, ,·ous n'atteindrez jamais à la hauteur et à la noblesse de sentiment, à l'abnégation que la charmante et bonne déesse de l'amour met à la place de vos lois ! Yoyez donc comme ces amoureux, ces fous se soucient peu de leur lendemain ! Yoyez comme charun de leurs M,irs, chacune de leurs actions sont imprégnés de bonté et de pitié ! Combien ils ,·oudraient ,·oir le monùe entier aussi heureux qu·eux-mèmes et jouir de la mème quiétude tl'àme. Ils oc refusent aucune aide, aucun service. Qui de nous dans des rirconstances analogues, ne se sent capable des exploits les plus fantastiques, du M1·ouemcnt le plus parfait, du désintéressemenLle plus absolu, d"une indulgence universelle qui ferait pardonner les plus crurlles injures ? L'amont· ren,l non seulement heureux, mais l'ncore bon, gt•nfreux et libre. La véritable liberté conHiste moins dans la pos- ,;es,;ionde certaini-, droits et certains priYili•ges, ou dans l'affranchissement partiel de notre c:orps et de notrn esprit, que dans« la communion com,tante ùe notre fune a,·ec !'a source directe : 11iarmonie univer,;ellt•. ,, Ce sont ces propri~tés toutes particulières de l'amour qui le rendraient susceptible d'ètre la base de la r~ligion la plus humanitaire. Les théoriciens ont beau discuter à perte de vue et écrire de fort belles choses sur les del'oirs altruistes de l'homme, leurs pr~ilications restent sans effet au milieu du brouhaha retcmissant de notre vie égo\ste. L'amour seul, ce scr,timcnt vi,·ifiant et qui éteint toute colère, est capable de réaliser dans leur plénitude les ,·èl'CS sociaux et humanitaires les plus exigeants . • • • L'amour a été le berceau de notre activité intellectuelle et morale, et c'c1,t à lui que celle-ci doit retourner pour recevoir des impulsions nouvelles. Tout ce <1ui est en dehors des intérêts gro1>sier:iet tJUOti!liens de l'existence - religion, morale, beautf, vertu, Yt•ritf, justic:e - se résume ùans ce principe, moteur réel et unique ùc notre vie. L'iùée consciente de cette force incomparable a précédé chez l'homm_e l'idée de la divinité. Le premier dieu olympien Ero:;, est sorti directement du chaos.A lui la force créatrice: il crée tout, i;'introduit partout, réunit tout. A travers toute l'fpoque biblh1ue, c'est l'àme immortelle d'Eros - Sarah, Agar, Rebecca, Rachel - qui gouverne la destinée humaine. )Iythes et légendes ont lit leur source première. Leur absur-

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