EROR 531 autre état d'âme est d'une durée passagère et peut exister concurrenuuent avec d'autres états. Ici rien cle pareil. En vain on essaierait de confondre l'amour aYccd'autres sentiments. Par exemple, la sympathie pour les parents, les proches, les amis, demande éYidemment la réciprocité, mais o. on peut s'en passer Rans souffrir extrêmement». Seul l'amour exige la communion constante entre les individus, seul il connaît le:; souffrances cruelles de la séparation, seul il peut absorber tous les autres attachements au point d'en imposer le sacrifice. L'homme plongé dans cet état oublie mème ses besoins physiques, sa sensibilitë géné,·ale semble émoussée; son eSpl'it ne tend 11uevel's un but: l'objet de sa convoitise ; une diStl'action extl'aol'dinail'e le mal'que d'une empl'einte toute particulièl'e de tl'istesse ou de malaise. ~on satisfait, cet état se tl'ansfol'me en une douleur aiguë et se trahit même par une soufl'ranee physique. Livt·é à ce sentiment absorbant. l'homme sent plus que jamais son isolement dans le temps et dans l'espace. li a plus que jamais conscience qu'il n'est que lïnstl'ument des forres de la natul'e et qu'il est soumis à toutes les influences exté.-ieures. Son cœul', 8a poitrine ou tout autl'e siège imaginaire de l'amour ne sont 1•lus assez vastes pour contenir ce sentiment puissant et fatal qui le pénètre de partout. \'ous lui entendct. sou\·ent dil'e : ,, Mon cœur se rléchire, mon àme s'élance. je me sens comme oppressé • et tout cela est vrai; sa conscience pénètre bien plus loin que la sensation physique qu'il ~prouve, son espl'it s'épand au dehors et voudrait embmsscr tout l'espace, tout l'univers. li sent vaguement ou instinctivement que la passion qui le ronge n'est que le faible écho de quelque gigantesque et SOU\'erainepuissance, qu'il n'est en ce moment qu'un des plus petits atomes de cet infini, l'expression passive de l'hal'monie unh·ersellc. Que l'entraînement Rexuel n'est qu'mw <les manifestations des lois générales de la nature, l'homme <>na pleinement conscience, malgré l'éniYrcment où i I se lt·on n• plongé. Comme dans le r,iyonnement de la flamme, comme dans la mélodie de l'instrument, il ressent dans l'amour le reflet de l'harmonie uni \·erse lie et cette impression ne fait qu·exalter davantage son imagination. Les poètes n'exagèrent pas lorsqu'ils em•cloppent cette action réciproque de l'esprit et de la force natul'elle d'un mi l'age étincelant qu'ils décl'i\ ent avec des images extra-terrestres, de magnifiques métaphores et de l'idèal à profusion. C'est seulement en raison de cette communion complète de ràme avec la nature que sont possibles des ~réations aussi poétiques et aussi me1·- veilleuses que celles de Béatrice et de Laure qui, tout en occupant deux places d'honneul' dans Je ciel étoilé <le ramou1·, ne cessent pas pour cela <le fafre partie de l'humanité. Sous venons de Yoir l'extraordinaire intensité que le sentiment de l'amour combattu communique à nos facultés d'imagination, en les concentrant vers un but unique et les portant à leur plus haut point d'acuité. Passons à une autre phase.
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