La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 479 Eh bien, ponr que cela soit P.9SSihle,pour que le maitre puisge donner <'ette éducation élevée, pou,· qu'il ne se borne J.>aSaux ful'mules pédantesques, inertes et impuissantes, il faut qu'il puisse, tous les jours, pou!' ainsi dire, renouveler l'esprit de son enseignement, qu'il ait, lui aussi, le temps d'étudier, de lire, de médite!'. Vous avez assumé, lai,sez-moi \"Ous le dire, une tâche redoutable, je dirais pl'esque, si vous n'y suflisiez pas. une tàche effrayante. )1. d'llulst. - Certainement ! M.. Jau!'ès. - Yous ave,. entrepris de faire l'éducation intellectuelle, morale d'un peuple tout entiel' en dehors de la participation du pouvoil' l'eligieux. Pour moi, 1Jermeltez-moi de le dire, c·est l'honneur ,de la République, c'est sa force. Il n·y a 1>asde République si elle ne peut pas tirer de son propre prin- <"ipe tous les moyens et touteg les ressources de l'enseignement, s1 elle ne peut pas trouver ~n elle-même toutes les forces morales et éducatrices: mais encol'e faut-il que cette ambition si noble et si haute ne soit pas trahie. Vous avez voulu que le peuple sortit de vos écoles entièrement r.•·épat·é à la vie de la pensée et de la conscience: vous avez ,·oulu, suivant I expression un peu scolastique, mais admirable, de D,rnte, • appeler à l'acte tout ce qu'il y a de pensée en puissance dans l'humanité »; vous avez voulu que le peuple reç1:t, à l'dat ,le commencement et de premiè1•eslueurs, les notions les plus hautes de l'enseignement supé1·ieur: vous avez YOulu qu'on pùt dire de la vérité sous la R<'puhlique, ce que l'hymne homérique dtt de la grande déesse: • Et sa voix divii,e retentissait à la fois sur la cime des monts et dans la profondeu,· des vallées »; vous avez voulu tout cela; l'!lais, pour y arriver il faut des maitres qui aient la sécurité et l'indépendance morales, assul'ées pal' l'mdépendance matérielle. (Très bien ! très bien !) Pou,· eux, vous n'avez pas trop fait, vous ne ferez jamais assez; et si vous J~s l•issez languir comme aujourcl hui clans une sorte d'attente Yaine, si pou,· quelques millions vous leur mesurez les moyens sans lesquels le recrutement de l'enseignement s~ra languissant - et cette langueur s'étendra sut· l'enseignement tout entier - si vous faites cela, vous aurez abaissé la valeur de l'enseignement l,ùque dans ce pays au moment où une autre grande puissance morale, l'Eglise, s'applique à ressaisir la domination et la direction des COllS('h.!llCes. JI me semble. messieurs, qu'il nous aurn sufli d'avoir mis en l'egard des pl'opositions très modestes que nous apportons les considérations puissantes qui doivent influer sur votre décision, pour que la commission et fe gouve,·- nement se rallient à notre proposition, ainsi que je demande à la Chambre de le faire. (Applaudissements à gauche). Signalons encore l'intervention de Jaurès dans la séance du 13 mars 1803, au sujet de la discussion relative à la déposition de .\l""'Cottu devant la Cour d'assises de la Seine. Le député de Carmeaux a exposé en excellents termes, au 110mdes socialiste~, pourquoi ces derniers refusaient au gouvernement un vote de cunfiauce. Il a montré notamment que les hésitations et les faiblesses du ministère donnaient à la République une atliLudc dt'.•fensiveet presque humiliée au lieu de l'attitude accusatrice cl vengeresse qu'elle aurait pu avoir en faisant une lumière complète sur les scandales du Panama et en punissant sans pitié tous les coupables. Jamais aucun gouvernement n'aurait encore donné un tel exemple de vitalité et d'honm'teté. L'idée républicaine en fùt sortie resplendissante de jeunesse et animée d'une force de propagande et de séduction qui aurait, croyous-nous, exercé sur l'Europe entière une influence bienfaisante. A. DELOX,

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