La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

178 LA REVUE SOCIALISTE Le préfet de la Loire a organisé, avec l'aide des industriels intéressés, une série de manœuvres étranges. On a envoyé les gendarmes et les contre-maîtres des usines à domicile - car la grève se généralisa, parce qu'on ne tarda pas à remarquer que les autres usines travaillaient pour la maison Marrel, de façon à lui permettre de résister - extorquer à des malheureux tremblant;;, que l'on menaçait de renvoi, des promes5es signées de reprise du travail. Ces signatures, volées pour la plupart, étaient .au nombre de 350. Or, le jour de la reprise si brillamment annonrée, 200 ouvriers seulement se présentaient pour travailler. Les 00 autres eurent le courage Je ne pas tenir lem· <'ngagement que la menace seule leur avait arraché. Xaturellement .M. Ribot a approuvé son préfet; et nous concluerons avec Jaurès que « s'il n'y a pas dans la loi ou dans « l'attitude gouvernementale de quoi réprimer de pareils abus, {< il est entendu que ce qu'on ctJl}Jelledémocratie ('[ République (< n'e.~tpl11s ffll'1111rappw·f'nce et ffll' un nom. » La Chambre des députés a continué dans la séance du 18:mars 1803, la discussion, en première lecture, des propositions de loi relatives au classement et au traitement des instituteurs . .raurès est encore intervenu pour demander diverses améliorations de détail au sort de ces modestes fonctionnaires, qui .accomplissent une mission sacrée et sur qni repose en grande partie l'avenir de notre démocratie. ?\ous ne pouvons entrer dans le détail, mais nous reproduirons la conclusion si élevée et -si philosophique de son discours : Yous nous dil'eZ qu'on a déjà beaucoup fait pour les instituteurs. Permettez-moi de l'éponllre, monsieul' le mmist,·e, que vous !cul' rlemandez encol'e davantage. Yous leur avez demandé depuis dix ans des efforts toujours nouveaux, des grades toujours plus dilliciles; vous !eut' a,•ez assigu~ une tâche très complexe et qui ressemble à la fois à une besogne très lou1·dc et à une œuvre très (!levée; vous leur demandez d'enseigne!' aux enfants du peuple les ru1limeots dP toutes choses et vous !cul' imposez pal' là même une IJeSOl!nequotidienne tl'ês fatigante, très fastidieuse. très pénil.lie. A mesul'C {Jue l'attention des familles se pol'te davantage sui· les choses de l'enseignement. les p~res de famille sont plus exigeants pOul' la corl'ection des devoil'S. J'ai vu pendant deux ans des instituteurs chal'gés de classes de soixante enfants. qm étaient obligés, rapidement il est vl'ai, de marquer à l'encre rouge, su,· pl'esque tous les cahiers, des notes soumises le lendemain aux pères <le famille. De telle sorte que les instituteurs étaient obligés de se 1iv1·erà cette besogne écl'asante et en m~me temps de faire la classe du joui' et de prépai·er celle du lendemain. \'ou8 ne leur demandez pa~ seulement une besogne mécanique subaltP1·11e: vous a\'CZ voulu - et c'est l'honneur ile votre programme. c'est l'honneul' de vot,·e administration - que les iustituteurs ne fussent pas des éd11<·ateurs ubalternes, qu'ils ne préparassent pas seulement les enfants du peuple aux besognes de la vie, à la routine mécanique de l'existence; vous avc1. voulu que l'enseignement tout entier, comprenant les éléments des sr,cnres, l'histoil'e universelle, l'éducation civique et morale. eùt un caractère 1i1Jé1·ael t humain; vous avez voulu que l'enseignement p1·1mairese reliàt à l'enseignement secondaire et supél'ieur et qu'il eùt lui aussi sa phllosopbie, non pas explicite, formelle, dogmatique, mai~ sa philosophie implicite, qu'il .se Jégageàt des leçons du maitre tout un système d'idées générales.

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