L'AME DE DEMAIX 47 - Oui, moi, arrivé ce soir à Paris et venu aussitôt vous voir, dit Camille en suivant son ami dans le cabinet de travail. lis s'étreignent silencieusement les mains. La face de Ferrals se tend en une interrogation sur cette arrivée brusque. - Je suis en fuite, fait Camille avec un sourire triste. li se dévêt d'une vaste fourrure que Pataud vient flairer d'un air inquiet. - En fuite ! dit Ferrals stupéfait. - Oui, en fuite, appuie le jeune homme en s'asseyant. Je vous dirai cela ... mais vous travailliez ... - Travailler! Quand celui dont je rêve de faire mon œuvre maitresse est là! Quand il vient peut-être ... - Oui. vantons-le, votre ouvrage .. Vous m'avez rejeté aux batailles de la pens.ie, et c'est pour fuir une bataille de la vie que je suis accouru 1c1. - C'est devant une femme que vous fuyez, dit Ferrals. - Qui vous a dit? - Quel autre accident de la vie de relation pourrait vous troubler! Votre fortune est solide, vous n'êtes ni dans les affaires ni dans la politique ... Seule, une femme... 1 - C'est vrai. - Vous êtes aimé et vous ne voulez pas aimer; vous sentez à l'extrême tout ce que l'amour a de passager et combien longues en sont les conséquences; vous fuyez les lendemains faits d'ennui stupide ou de crises féroces. Est-ce cela ? - C'est cela même. - Votre cas est celui de tous les jeunes gens pensants de l'époque. Demain leur gâte aujourd'hui. Encore une victime de l'analyse! Allons faire la noce. - Vous dites! s'écrie Camille stupéfait. - Je dis, répète Ferrals en dépouillant son tricot de laine, allons voir des femmes. Et il disparait dans sa chambre à coucher, plantant là Camille que ce propos imprévu a suffoqwé. A mesure que ses esprits reviennent, il discerne,dans la chambre où est Ferrals,une tempête dans une cuvette, puis un bruit de bottines sonnant sur le parquet. L'écrivain reparait bientôt, nouant sa cravate. Le nœud est fait avant que Camille ait pu se reprendre. Ferrals voit sa mine perplexe à la fois et répugnée; il éclate d'un rire fort. - Me prenez-vous pour une brute ? dit Camille extrêmement choqué. - Croyez-vous que j'en sois une autre! réplique Ferrals avec une telle noblesse de ton que Camille, ne sachant que répondre et que
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