46 LA REVUE SOCIALISTE L'AMEDE DEMAIN (S11ile) AMES D'HIER ET D'AUJOURD'HUI Ferrals a bourré sa pipe familière, son poèle de fonte ronfle, sa table chargée de papiers et de livres empilés ouverts l'attend sous la lampe de métal avec, sur un coin à peine déblayé d'une poussée brusque qui a fait autour un fouillis de feuilles, une tasse de café et un verre pansu d'eau-de-vie. Un bon réduit pour travailler: Les murs sont littéralement tapissés de livres. On sent là un bon parfum de labeur. Ferrals rôde en traînant les savates; son œil, deviné sous le béret rabattu, guette l'idée qui se précise et prendra forme tout à l'heure.Pataud, un grand épagneul noir à la truffe en canon de fusil à deux coups appuyée sur ses pattes de devant, ronfle avec le poële qu'il garde étroitement. Aucun bruit ne monte du dehors en ce loge• ment taillé dans les combles du château des brouillards, sur !"autre versant de Montmartre; la rue est loin, et d'ailleurs déserte. Un pas a fait crier le sable gelé du jardin. Pataud a, du coup, cessé de ronfler Le pas se rapproche. Pataud ouvre ses yeux jaunes. Le pas résonne dans l'escalier. Pataud, sans bouger, gronde. Ferrals, alors, entend et, du geste calmant le chien à présent debout, il sort de son réduit et s'en va, maussade, ouvrir la porte, la lampe à la main. - Camille! s'écrie, joyeux, Ferrals reconnaissant le visiteur.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==