La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

.. LA SITUATION EN BELGIQUE - ce qui était inévitable, les journaux conservateurs l'ont avec raison constaté - d'autres sont venus se joindre, tourbe sinistre de déclassés. Qu'est-ce à dire, sinon que ces jlairew·.~ pressentaient des émeutes prochaines, suivies de fructueuses curées. D'autres faits, plus caractéristiques encore, ce sont les mutineries dans les casernes. On s'est efforcé de faire le silence, mais les conservateurs savent à quoi s'en tenir. Déjà, lors des grèves sanglantes de 1886, dans le bassin de Charleroy, le général Van der Smissen avait signalé « des faits alarmants», dans un rapport confidentiel qui vient d'être divulgué. Il y a quelques jours, trente soldat~ et sons-officiers de la garnison de Tournay ont été jetés en prison pour avoir déclaré que jamais ils ne feraient feu sur leurs camarades. A Malines, on a dégradé, la semaine dernière, sept caporaux qui refusaient ùe dénoncer les soldats qui fréquentent les locaux socialistes. Enfin, et c'est le phénomène le plus gra,e, le refereiulum des conununes, dont il est impossible de méconnaître la haute signification révolutionnaire. Lorsque - clans une forme plus ou moins légale - les pouvoirs locaux se substituent au pouvoir central, et convoquent, à côté des électeurs officiels, un corps électoral nouveau, il n'est pas de signe plus certain que le pays entre dans une phase révolutionnaire. • C'est ce qui vient d'être fait en Belgigne. Les Conseils communaux d'Anvers, de l'agglomération Bruxelloise, et d'un grand nombre de villes et villages industriels ont - nos lectenrR le savent- convoqué tons les habitants mâles et majeurs à exprimer leur avis sur les divers systèmes électoraux en présence. Le gou- ,ernement s'est hâté de prononcer l'annulation de ces mesures, mais on a passé outre en conRtitnant dans chaque localité, un comité communal composé du bourgmestre) des échevins et de tons les conseillers communaux. A Bruxelles (ville) et à Gand, où les administrations communales étaient hostiles, les Progressistes et le parti ouvrier ont organisé eux-mêmes le referendum. Des précautiô'ns minutieuses furent prises pour empêcher la fr;iude. Chaque habitant reçut une circulaire, dont on ne délivrait pas de clttplicatum, et qu'il devait reproduire pour être admis à voter. Le jour du vote, on lui remit en échange un bulletin (rose pour les électeurs généraux, bleu pour les électeurs communaux et blanc pour les non électeurs). Ce bulletin était disposé de manière à lui permettre de choisir entre les cinq formules en présence : l O Suffrage universel à 21 ans.

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