FRANCIS JOURDE 4ï] traitement de tous les fonctionnaires abandonnés par leurs chefs de service. Que d'autres lui reprochent d'avoir épargné- la Banque de France,où Louis Bonaparte ne se fit nul scrupule de puiser en 1851! Ceux qui savent clans ·quelle~ conditions s'opéra ia Ré-volution du 18 Mars, cei.1xqui, d'autre part, sentent qu'une révolution, même f'ociale, n'est ni la destruction brutale des organes économiques de la société, ni le pillage, estimeront peut-être que la Commune efit pu user plus largement de cette ressource, publique en somme, mais ~ul d'entre eux ne fe1~aun grief sérieux à Jourde d'avoir respecté et protégé cet indispensable instrument de crédit, dont on peut et doit souhaiter la transformation, mais non la suppression, tant que les besoins sociaux qu'il dessert n'auront pas é-té transformés. Grâce à Jourde, à son intelligente activité de commis ponctuel et initiatif, Paris, n'eut pas faim en ce second siège. Mais luimême faillit ne pouvoir payer un jour son déjeuner, tant il s'oubliait en cette fièvre de satisfaire d'abord son devoir. Je tiens l'anecdote de Camélinat, et vraiment elle vaut d'être dite, tel qu'il me l'a contée: Le clélfaué aux finances rencontrait un matin de mai le directeur de la Monnaie: midi se faisait proche, mais on avait beaucoup de choses à se dire. Eh bien, on déjeunerait ensemble. Et de se diriger vers le restaurant le plus proche. Au moment de régler l'addition, qui s'élevait à la somme de six francs, - six francs, vous entendez, Messieurs Raynal, Peytral, Rouvier, 'l'irard, etc., - il se trouva que les poches de Jourde et de Camélinat, dû.ment retournées, ne contenaient en tout que quatre francs et quelque sous. Yoilà donc nos deux amis en panne. Ils clé-libéraient déjà sur le moyen de sortir de cette situation ennuyeuse : Jourde resterait en stage et Camélinat irait négocier un emprunt, quand vint à passer Protot. Celui-ci, mis au fait, tira de sa poche deux francs, les tendit aux convives les priant de les lui rendre le soir même, les fonds étant bas aussi chez lui.Et Protot était ministre de la justice. Avez-vous entendu, Monsieur Cazot ! Et vous, M. Thévenet ! Comprenez-vous à présent pourquoi tout ce que Paris contient d'honnêtes gens, de démocrates pensants et militants, a tenu de suivre au cimetière ce Ministre des Finances de la Commune prolétarienne de 1871, qui _ne laissa pas même de quoi payer rnn enterrement. Un à un, ils s'en vont ces hommes d'un autre temps, ces précurseurs de l'âge d'honnêteté et de justice dont nous voyons à peine poindre l'aurore. Si l'idée socialiste peut, à elle seule, constituer de telles probités servies par de telles intelligences, que sera-ce donc quand elle sera réalisée ! E. F.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==