La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE SOCIALISlIE ET L'ART 46!) Tel est, en son résumé, cc beau livre dont nous tenons à féliciter hautement notre vaillant camarade de lutte socialiste Adolphe Tabarant. Xous n'avons pas, certainement, fait goî1ter à nos lecteurs tout le charme de ce roman. Forcément nous avons du écourter ou passer sous silence beaucoup de délicieux traits de mœurs qui sont cependant un des agréments <le l'ouvrage. )fais, toutefois, nous pensons en avoir assez dit pour donner de l'A11br une exacte impression <l'ensemble. On a pu le remarquer; )I. Adolphe Tabarant, clans la conception de son œuvre, n'a pas ressenti la nécessité do coordonner ses chapitres par une intrigue particulière ; on a pu remarquer aussi qu'il s'était complu à peindre les idées, les faits et gestes de la masse préférablement aux idées et aux actes de quelques types connus et que ce dédain des habituels procédés du roman pseudohistorique n'a pas nui le moin;; du monde à l' intérêt de son roman. Xous n'en complimenterons pas outre meHure, )LA.dol phe Tabarant, d'autres écrivains modernes, ayant avant lui également négligé ces courantes banalités, les œuvres, que nous citons au début de cet article, en sont la preuve : - mais un tel mépris de conventions usuelles est encore assez rare poUI· mériter qu'on le signale. Ou trouvera d'ailleurs dans ces constatations la démonstration d'une idée émise dans les lignes préliminaires de notre analyse. Encore un mot avant de terminer. Lorsque, aYec Léon Clade!, Rosny, Georges Renard et Henry FèYre, nous avons lancé, Tabarant et moi, il y a quelques années, le manifeste du Club dr l'A1·t Bocial, si tout de suite nous avons trouvé de vaillantes et précieuses sympathies, nous avons aussi soulevé deH railleries assez nombreuses. L'.-l1·t Soria{.' Qu'est-ce ça pouvait rlonner? Ça, avait déjà donné, pouvions-nous alor:3 répondre, l'œuvre entière de notre grand <Jlaclel, dos romans sociaux comme Uer111inal, le Bilatéral, Au Port d'Annes, Sous-Off, l'.lgonie. Ça arnit inspiré à Pierre Dupont ses plus beaux chant~, it Sand quelques-uns de ses meilleurs romans, à Vallès, à Pyat, leurs meilleures pages. Ce que ça pouvait donner nous ne le savions pas, mais nous le pressentions. Et ce que nous espérions est eu train de se réaliser. Prochainement, nous étudierons le mouvement de renaissance artistique, que le Club d" l'A1·t Social, si courte qu'ait été son existence, a quelque peu ùéterminé ; mais, en attendant, n1)USne pourrions mieux faire que d'offrir aux méditations cles adversaires de l'Art Social le roman d'Adolphe Tabarant. C'est bien là une œuvre d'art socialiste, puissamment suggestive qui, lue et répandue comme il convient, servira grandement la cause démocratique. De tels livres sont noblement éducateurs. Robert BERNIER.

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