La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE SOCIALISME ET L'AR'r 467 brûle les carosses des nobles, et on distribue de la poudre. Et cependant Paris trouve encore le temps de rire et dans le fossé de la rue Amelot rles filles font des agaceries aux màles. Le 14 au matin, les coches ne partent plus. «Le désordonné va et vient qui,depuis trois jours n'a cessé uno minute, semble exaspéré après cette nuit de veille. A grandes foules les faubouriens descendent vers la ,·ille et il n'en esLpoint qui n'ait en main un man ,·ais fusil, une épée, un pistolet, une pique. Des garçons de chantiers balm1cent des massues de chêne. De penailleux flotteurs du port se promènentlonrdoment, en main des pierres dont ils ont plein leur poche. Tous les métiers du quartier se sont groupés et vagabondent au hai,;arcl,impatients de quelque chose qui n'arrive pas, vaguement désireux de chambard et de colletage. Des chaufoùrniers, des maç·ons, <les piqueurs de pierre, des faïenciers en bonnets, vestes rouges et culottes jaunes, muets, l'œil fixe. Pourtant il n'est pas absolument général le chômage ... On pille les Invalides ; on a compris que le prévôt voulait « englauder Paris >J. Et tout à coup dans la fo11le des assaillants des Invalides, retentit ce cri o: En bas la Bastille ! ». Pendant ce temps, au faubourg, les corporations se réunissent pour se rendre it !'Hôtel de Ville - mais déjà des citoyens se sont répandus aux alentours de la forteresse - et en des discours, des appels, l'ont désignée aux prolétaires : « DéKarmez la Bastille, il le faut>>. Puis d'autres surgissent plus Yéltéments o: En bas les remparts du despotisme !... Et brusquement le peuple apparaît, en un bruit de clameurs et d'applaudissements «: la moitié ùe Paris rassemblée dans la même joie de hurler sa révolte et de brandir des fusils >J.Volontai1·es du Palais Royal, clercs du Châtelet, clercs de la Basoche, garde bourgeoise, grenadiers, commères en sabots, bonnet encocardé. Lt>s tricornes s'agitent, les vivats montent. Des gens du port traînent des canons. << Et tons en passant, ont un cri de haine à la Bastille ; les poings menacent les tours imprenables où des officiers braquent sur la foule des lunettes télescopiques ». « En bas la Bastille ! )) « Et le défilé continue, hirsute et bizarre : gueux cuirassés de corselets, armés de dagues et d'épieux pris au garde-meuble, capucins, abbés ; un prêtre en surplis dirige ses paroissiens précédés de six tambours .... << Dix mille hommes sont là, sûrs d'eux, n1aintenant qu'ils ont des canons et des piques. Les patriotes bourgeois distribuent aux gueux des cocardes aux deux couleurs; les soldats aux gardes vont

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