La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

430 LA REVUE SOCIALISTE que rcvt\t l'expression sentimentale. Sous le nom de culte aux époques organiques, sous celui de beaux-arts aux époques critiquC's, elles ont pour résultat d'exciter des désirs conformes au but que la société se propose d'atteindre, et de provoquer ainsi les actes nécessaires à sou progrès. L'importance de l'éducation morale a toujours été grande; elle l'est devenue de plus en plus, à mesure que les intérêts sociaux se sont plus compliqués, et en mème temps ses moyens d'action se ~ont considérablement perfectionnés. Dans l'antiquité, chaque citoyen, appelé à discuter sur la place publique les intérèts de la communauté, et ù prendre part aux C'nlrcprisr,; que ces intérèts rendaient nécessaires, se trouvait placé ù un point de vue assez élevé pour concevoir la relation de ses actes personnels avec l'intérrt général; mais cela ne le dispensait pas d'une éducation première ·qui lui révélàt la société dont il était membre. Sans doute, les préceptes de cette éducation riuraicnt pu rigoureusement se conserver en lui sans le secours d'une inslitution spéciale destinée à les lui rappeler; ('t cependant voyez les pompes des Jeux olympiques, les mystères, IC'scérémonies religieuses, cette classe nombrruse de prêtres, de sibyllC's, d'augures; partout un enseigTJement vivant des de~tinés sociales réveille le dévouement et l'enthousiasme. Cette position a changé: chaque peuple n'est plus renfermé dans l'intérieur d'une cité, et ne saurait pins être contenu sur unr place publique où les iutérèts communs puissent être débattus par tous, ou C'nprésence de tous. La division du travail, l'unC'des conditions essentielles du progrès de la civilisation, en renfermant les indiYidus dans un cercle de plus en plus borné, les a toujours aussi éloignés de plus en plus de la considération des intérèls généraux; et cela, en même temps que ces intén•ts, par suite de la complication des relations sociales, deyenaient plus difficiles à saisir. A mesure donc que la division du travail s'est étendur, il a fallu, pour réaliser les avantages_ qu'elle pro- <lubait, donner plus d'intensité et de régularité à l'éducation morale, seule capable de replacer les individus au point de vue général dont les écartait la spécialisation des travaux; il a fallu pourvoir avec plus de soin à ce que les impressions de la première éducation fussent incessamment, et pendant tout le temps de leur vie, C'ntretenues et fortifiées en eux par une action extérieure, directe, sympathique. Mais, si la division du travail a eu pour r(>sultat immédiat de rétrécir la sphère des occupations individuelles, elle a permis en même temps aux organisations privilégiées de se livrer plus exclusivement à la contemplation di:'s faits gén(•raux, et, par leur action sur les aulres hommes,

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