LA REVUE SOCIALISTE Dieu. Enfin, la famille du serf est sanctifiée comme la famille de son seigneur lui-môme. Cette situation, incomparablement supérieure a celle de l'esclave, n'est cependant encore que provisoire. Le serf, plus ta.rd. est déta.ché de la glèbe; il obtient ce qu'on pourrait appeler le droit de locomotion; il peut donc choisir son maitre. Sans doute, après ce que, rigoureusement parlant, on peut considérer comme son affranchissement, le serf reste, sous quelques rapports, marqué du sceau de la servitude: il est encore soumis à des services personnels, à des corvées; il paie des redevances féodales; mais ces charges s'allègent pour lui de jonr en jour. Enfin, la classe entière des traYailleurs, dans l'ordre matériel, fait un progrès décisif; elle acquiert la capacité politique par l'établissement des communes. Si, comme nous venons de le voir, le sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre s'est amélioré successivement, il a bien des progrès à faire encore; car l'exploitation de l"homme par l'homme n'a point ce:!sé: elle se continue a un très haut degré dans les relations des propriétaires et des travailleurs, des maitres et des salariés. Il y a loin, sans doute, de la condition respective où ces classes sont placées aujourd'hui, à celles où se trouvaient dans le passé les maitres et les esclaves, les seigneurs et les serfs : il semble même, au premier aperçu, que l'on ne saurait faire entre elles aucun rapprochement; cependant on doit reconnaitre que les unes ne sont que la prolongation dos autres. Le rapport ùu maitre avec le salarié est la dernière transformation qu'a subie resclavage. Il suffit de jeter un coup d'œil sur ce qui se passe autour de nous pour reconnaitre que 1'0111Tiu,saufl'intensité, est exploité matériellement, intellectuellement, et moralement, comme l'était autrefois l'1•sdave. Il est évident, en effet, qu'il peut à peine subvenir par son travail a ses propres besoins, et quïl ne dépend pas de lui de travailler. Il aggrave encore sa position, s'il est assez imprudent pour se croire destiné à jouir de ce qui fait le bonheur du riche, s'il prend une compagne et se crée une famille. L'ouvrier, press6 par l'état de misère auquel il est réduit, peut-il avoir le temps de développer ses facultés intellectuelles, ses affections morales? Peut-il mêm1:,en avoir le désir? Et, s'il éprouve le désir instinctif de s'améliorer, qui lui en fournira les moyens, qui mettra la scienee à sa portée, qui recevra les épanchements de son cœur? Personne ne songe à lui; la misère physique le conduit à l'abrutissement, et l'abrutissement à la dépravation, source d'une misère nouvelle; cercle vicieux dont chaque point inspire le dégoût et l'horreur, lorsque pourtant il ne devrait inspirer que la pitié.
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