La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN conscience publique, ne saurait tarder à se résoudr<! dans leK faits. Un siècle de domination, un siècle de jouissance semble aYoir «'•puisé toute la sêve de ce fameux tiers, dont Aug. Thierry fut l'historien génial; de ce tiero si grand, si héroïque au moyen-àge, si fort en 178!1. L'égoïsme déYeloppé par un régime économique où le « chacun pour soi ll a remplacé toute autre notion morale; l'égoïsme a rongi>, desséché jusqu'aux moelles ce monde qui, déjà, sent le calhwra, et sur lequel, comme des vers, les juif pullulent, hâtant la décomposition pour se repaître de ses restes. Ce monde a beau s'agiter, et parler, et crier, et menacer : il est mort: et Drumont, l'àpre pamphlétaire, a raison de chanter sur lui le Dies frœ. (< Socialistes ! - s'écriait naguère Proudhon dans une éloquente prosopopée, - Socialistes! éclaireurs perdus de l'avenir! pionniers dévoués a l'exploration d'une contrée ténébreuse, nous dont l'œuvre méconnue é\·eille des sympathies si rares, et semble il la multitude un présage sinistre! Notre mission est de redonner au monde des croyances, des lois, des dieux, mais sans que nousmêmes, pendant l'accomplissement de notre œuvrc, nous cons,n·vions ni foi, ni espérance, ni amour! ... Combien })armi nous ont péri, et nul n'a pleuré leur sort! Les géné1·ations auxquelles nous fr,1yons la route passent, joyeuses, sur nos tombes effacées : le prâs~nt nous excommunie, l'avenir est sans souvenir pour nous, et notra existence s'abime dans un double néant! 1) C'est hier, semble-t-il, que le grand remueur d'idées, comme l'appelait Sainte-Beuve, jetait ce cri de désespérance et presque de r.:inoneement. Que di1·ait-il, aujourd'hui, s'il lui était donné de les voir, ces socialistes, multipliés par millions sur toute la surface de la terre, donnant au vieux monde et au nouveau le spectacle auguste d'une humanité nouvelle qui se lève ? Que dirait-il, lui qui maudit l'avenir, s'il pouvait contempler l'aube de l'avenir qui monte à l'horizon, et dont les grandissantes clartés, illuminant les sommets de la pensée humaine, chassent devant elles les ombres de la vieille nuit? ..... « Tous les mêmes, ces réformateurs ! Tous les mêmes, ces utopistes! Enèore un qui vient nous dire pourquoi les institutions sociales actuelles ne peuvent plus subsister, et qui ne nous apporte sur les réformes organiques par lesquelles un ordre économique et politique nouveau devrait être instauré, que des vues.

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