LA RtYOLUTIOX DE DEMAIX 411 ment sa personnalité politique, mais surtout sa personnalité économique et sa personnalité morale. Il faut que, sous la fm·me moderne des syndicaü;, il réorganise ses corporations, devenues solidaires : telle est la condition ;suprême cli1triomphe de la révolution de demain. En même tempR, devrait s'opérer une large décentralisation, it la fois rolitique, administrative et économique, qui ferait des communes, des cantons, et même des provinces, autant de groupes autonomes, affranchis, dans la mesure la plus radicale, de la lourde et tyrannique tutolle du pou voir central (à peu près comme sont actuellement les cantons suisses à l'égard du gouvernement fédéral). Mais cette décentralisation s'effectuerait pour ainsi dire par la force même des choses, alors que le gouvernement politique se trouverait réduit à de simples fonctions de défense et de police générales. • C'est, à mon avis, dans cette organisation, non plus accidentelle et partielle, mais générale et systématique, des syndicats ouvriers que E;eraitle salut. C'est là que la grande révolution économique trouverait son pacifique instrument. C'est par !;\ que s'élaboreraient et se résoudraient progressivement, sans Yiolencc, tous les .r. du redoutable problème social qui pèse sur nos sociétés vieillies. Mais allez donc tenir ce langage, allez donc essayer de persuader aux classes possédantes que leur devoir, ou - ce qui, pour elles, est plus sacré - leur intérêt serait de prendre hardiment la tête de ce mouvement d'association, au lieu d'user ce qui Jour reste de forces à le refouler ! Les classes possédantes n'ont rien appris, et elles ont tout oublié. Cramponnées à leurs privilèges, elles refusent même de discuter avec ceux qu'elles considèrent comme des ennemis de l'ordre public. Elles persistent à ne vouloir voir clans le mouvement général d'idées et de sentiments qui entraîne les masses dans le large et profond courant socialiste qu'un accident, une crise passagère dûe à quelques meneurs. Elles oi1t l'aveuglement de Louis XVI qui, entendant crouler la Bastille sous les cou11sdu peuple, disait : « C'est une émeute! » - quand déjà la Révolution qui, en trois ans, devait le dévorer, lui, sa famille, sa noblesse, son clergé et sa dynastie, l'avait saisi. En vain les convie-t-on à considérer que ce mouvement social s'est déterminé malgré l'unanime hostilité du pouvoir, de la presse, de tous les partis politiques ; qu'il s'est développé malgré les obstacles, les entraves, les résistances qui partout se sont dressés contre lui.
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