La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

410 LA REVUE SOCIALISTE lières et accidentelles décidées par le syndicat; - le trésor •national - ou international - destiné à subvenir à l'action politique générale du parti, et, plus· essentiellement, à constituer la ressource suprême, le jour où serait proclamée la grève totale, la révolution. Est-ce là une mesure impraticable? Je le crois d'autant moins qu'en Angleterre, en Amérique, grâce aux cotisations régulièrement Yersées par leurs membres, les s-yndicats (l'raile.~ Union8, Clwi·ctliers dn 1'nœail, etc.) sont parvenus à se constituer un fonds de ressources qui se chiffre par millions de francs. Quelque réduit que soit le salaire minimum d'un ouvrier, il lui permet néanmoins de disposer, sans trop de privations, d'un sou quotidien, dont le versement dans la Caisse du syndicat, constitue, d'ailleurs, au profit du déposant, une ·véritable prime d'assistance et d'assurance. Si, en France, trois millions de travailleurs syndiqués s'astreig11aient à verser quotidiennement un sou clans une caisse commune, ils auraient bientôt amassé un trésor de guerre formidable. A cent cinquante mille francs par jour, soit quarante-cinq millions environ par an, en dix ans le Prolétariat organisé aurait l)lns de cinq cents millions à sa disposition, soit pour enlever une majorité électorale, soit pour décider et soutenir la grève générale. C'est le son des fidèles qui a, sinon créé, tout au moins soutenu la richesse de l'Eglise, cette richesse qui, si on l'avait laissée s'accumuler, aurait fini par absorber toute la fortune publique, sol et capitaux. C'est le sou des fidèles du socialisme qui créera réellement le Quatrième-Etat, et lui donnera. l'arme par excellence pour lutter contre les classes dirigeantes et possédantes. • Mais le sou quotidien aurait aussi sa vertu morale. Il habituerait les ouvriers associés à sentir, par ce petit sacrifice tous les jours répété, le lien de leur solidarité. Il ferait de leurs associations de véritables « personnes morales», et tous seraient, par le fait même de leur participation pécuniaire, intéressés au bon fonctionnement des syndicats. Voyez quelle admirable discipline, quelle régularité règnent dans les associations de secours mutuels! C'est que, là, chacun payant en vue d'un avantage éventuel à recueillir, est intéressé directement au maintien de l'œuvre collective, à son succès, à son développement. Pourquoi n'en serait-il pas de même des syndicats, du moment qu'ils seront constitués sur le même modèle, et qu'à leur existence et à leur progrès seront attachés les mêmes intérêts individuels ? En résumé, il faut que le prolétariat constitue non pas seule-

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