La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

·108 LA REVUE SOCIALISTE un jour de lutte, se jetterait hardiment au-devant de la mort, capitule dennt les sommations de la faim (1). Voilà pourquoi, encore aujourd'hui, les grèves sont à la fois si meurtrières aux ouvriers, et si stériles. Elles ne peuvent devenir un moyen réellement efficace aux (1) Aux économistes attardés qui osent encore aujourd'hui parler de la liberté de l'offre et de la demande, en matière de contrat du travail et qui proclament qu·armés du droit de grève, les ouvriers sont sinon supérieurs, du moins égaux en puissance aux patrons, il est bon de rappeler cette maitresse page du père de l'économie politique, Adam Smith: « Les maitres sont, en tout temps et partout, dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. Yioler cette règle est surtout une action de faux-frère et un sujet de reproche parmi ses voisins et ses pareils. A la ~érité, nous n'entendons jamais parler de cette ligue, parce qu'elle est l'état habituel, et on pe•1tdi1·e l'état habituel des choses, et que personne n'y fait attention. Quelquefois les maitt·es font entr'eux des complots particuliers pour laisser au-dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu'au jour de !"exécution; et quand les ouvriers cèdent, comme ils font quelquefois sans résistance, quoiqu'ils sentent bien le coup et le sentent fort rudement, pe,·sonne n'en entend parler. Souvent, cependant, les ouvriers opposent à ces coalitions particulières une ligue défensive; quelquefois aussi, sans aucune provocation de cette espèce, ils se coalisent de leur propre mouvement, pour élever le prix de leur travail. Leurs prétextes ordinaires sont tantôt le haut prix des denrées, tantôt le gros profit que font les maitres sur leur travail. J\lais que leurs ligues soient offensives ou défensives, elles sont toujours accompagnées d'une grande rumeur. Dans le dessein d'amener l'atrai1'e à une prompte décision, ils ont toujours recours aux clameurs les plus emportées, et quelquefois ils se portent à la violence et aux demiers excès. Ils sont désespérés et agissent avec l'extravagance de gens au désespoir, réd\lits à l'alternative de mourir de faim, ou d'arracher à leurs maitres, par la terreur, la plus prompte rondescendanct: à leurs rlemandes. Dans ces occasions, les maitres ne crient pas moins de leur coté ; ils ne cessent de réclamer de toutes leurs forces l'autorité des magistrats civils et l'exécution la plus rigoureuse de ces lois sévères portées ~ont,·e les ligues des ouvriers, domestiques et joumaliers. En conséquence, il est ,·arc que les ouvriers tirent aucun fruit de ces tentatives violentes et tumnltueuses, qui, tant 'par l'intervention du magistrat civil que par la constance mieux soutenue des maitres et ·1a nécessité où sont la plupart des ouvriers de céder pour avoir leur subsistance du moment n'aboutissent, en général, à rien autre chose qu'à un châtiment ou à la ruine des chefs de l'émeute. » (Essai sur la richesse des nations). li est vrai qu'au temps où Adam Smith écrivait, le droit de coalition - la grève - était interdit aux ouvriers, puisqu'il n'y a guère plus de trente ans, en France du moins, qu'il leur a été reconnu. l\lais en fait, l'intervention du « magistrat civil, • celle de l'autorité administrative et de la force militaire, sous le prctexte d'assurer l'ord1·e public, met le plus souvent en échec ce droit de grève, en faisant supporter aux ouvriers, traités en suspects ou en ennemis, les pires vexations, et en les conti·aignant par la menace, la terreur ou la violence, à rentrer dans le devoir, c'est-à-dire à abandonner leurs prétentions 011 à subir relies de leurs maitre&.

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