La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

406 LA REVUE SOCIALISTE Cruelle contradiction, comme il s'en trouve dans les données de chaque grand problème social! La révolution paraît inévitable; nous y marchons à grands pas. Et il n'est guère douteux que, en l'état actuel des choses et des esprits, cette Révolution, éclatant à l'improviste, à la suite d'une guerr<1continentale, ou d'un krack gigantesque ébranlant sur ses bases la fortune publique et jonchant le sol des fortunes privéesun Panama fin de siècle! - serait un saut dans les ténèbres. • l\Iais si le mouvement d'association syndicale qui, depuis quelques années, s'est si prodigieusement développé en Europe et en Amérique, et que nous voyons en train d'unir les prolétariats des deux mondes en de vastes fédérations corporatives internationales; si ce mouvement n'est pas, accidentellement ou par le fait des répressions gouvernementales, entravé et comprimé; s'il suit son développement normal, il est permis cle penser qu'un jour viendra où les travailleurs de tous ordres, sur toute la surface du sol civilisé, unis, organisés, de multitude seront devenus légion. Alors, il faut le reconnaître, ils seront les maîtres de la situation. )fais.bien insuffisants, bien faibles encore sont les syndicats professionnels, du moins en France. Reconnus, mais tenus en suspicion par les pouvoirs publics, ouvertement combattus par le patronat, ils n'ont pas encore réussi à encadrer clans leurs associations le quart des ouvriers industriels. Quant aux ouvriers agricoles, ils ne connaissent pas cet instrument d'émancipation ou bien ont peur de s'en servir. Quelle force, pourtant, quelle puissance pourront avoir les syndicats, quand ils compteront comme adhérents la majorité des salariés; quand, grâce à leurs fédérations, ils unifieront les revendications clesprolétaires, et mettront au net les formules pratiques, précises de ces 'revendications ! Ne le sentons-nous pas, dès à présent, et n'est-ce pas dans ce mouvement syndical, à peine naissant et déjà si vigoureux, que le socialisme a puisé, par milliers et par millions, ses recrues actives? N'en avons-nous pas un saisissant exemple, par la grèYe ùe Carmaux, qui a fait capituler une puissante compagnie minière, et le gouvernement lui-même ? Oui, le jour où l'ensemble, ou tout au moins la majorité des travailleurs seront groupés, disciplinés en syndicats ; où ces syndicats seront fédérés entr'eux, de façon à ne plus former qu'une masse compacte, cohérente, sachant ce qu'elle veut et où elle va; ce jour là, il ne faudra pas dire que la Révolution

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