La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA RÉYOLUTIOX DE DEMAIN 405 les mènerait bien plus loin qu'ils ne ~·eulent et même ne peuvent aller. Donc, impossibilité de réaliser, par les voies légales et parlementaires, les réformes les plus élémentairei:;, même les plus urgentes, même celles qui, seules, pourraient préparer les inévitable;; transformations économiques. Conséquence : Révolution. L·expérience historique confirme l'observation contemporaine en nous arprenant que les Révolutions sont, dans la vie sociale, comme des crises do c1·oissanceque nul être organif,é ne peut éviter. « Il est rare - dit :'II.Paul Leroy-Beau lieu - qu'un progr<'•s notable dans l'humanité ait été obtenu sans quelques lutte;:,, sans quelques souffrances passagères. Tout ce qui est hien s'achète en ce monde non seulement par des efforts et des controverses, mais par des conflits. » Chacun des pas décisif,; de la civilisation eRtmarqué par une Révolution. La grande Révolution chrétienne marqua le début de la transformation do J'cscla.-age en ser.-age. La Révolution des Communes, qui emplit tout un siècle de notre histoire, marqua l'affranchissement cl u serf ind m;tiel, comme la Révolution de 1780 marqua l'a/franchi~sernent tlu serf rural. La Révolution de demain, si elle trouve, elle aus::;i, ses 8aintPaul, ses Pierre :\farce!, ses Danton pour la conduire, décidera l'affranchissement définitif tin prolétariat. par l'abolition de la dernière classe rétrograde qui s'oppose encore à l'a\·imement du règne de justice et d'égalité auquel nous aspirons. Ainsi, à travers les âges, les Révolutions sociales se donnent la main. Dans cette évolution conatante des idée,;, des sentiments et des mœurs de l'humanité, qui constitue la civilisation, -fleuve immense qui emporte en un courant irrésistible hommes et choses vers un mystérieux avenir, - à la longue la masse des préjugés, <les erreurs, des égoïsmes se tasse, s'agrège, finit par former embâcle - comme les sables, les épaves, les mille débris que charie un fleuve, à certains endroits, à certaines courbes s'arrêtent, s'amalgament, formant bloc, et l'entravent dans sa course. Les Révolutions sont comme le flot qui se heurte, se brise, se reforme, se précipite, et fini~ par enlever le barrage. Certes, l'effort est terrible, le fleuve en est troublé jusque dans ses profondeurs; son cours un moment paraît suspendu ; il tourbillonne, il écume, ses eaux souillées ont perdu leur claire sérénité. l\fais, l'obstacle détruit, aussitôt tout rentre dans l'ordre, et le fleuve, majestueux et calme, reprend sa marche, insoucieux des ruines dont il vient de joncher ses rives.

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