La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

·101 LA REVUE SOCIALISTE Aimü, l'immense majorité du pays r{>clame la réforme de lïmpôt, basée sur une meilleure et plus juste répartition des eharges contributiveR. La gran<le majorité du Parlement y eRtfavorable; Et cette rl>forme ne se réalise pas! Pourquoi ? Pa1·cc que notre organisation parlementaire est telle qu'aucune - entende,,: bien ! - aucune réforme virile et sérieuse ne peut Nrc votét•, ni délibérée, ni même <'.•tudiéopar les deux Chambres. Pou ni uoi (•ncore ? Dt•mandez iL l'eunuque pom·,1uoi il n'a pas <l'enfant,;, bien quïl appréc-ic le charme moral de la paternité; ÜPmandez au en !-de-jatte pour<1uoi il ne marche paH,bien qu'il 1·econnai11sPl'utilité <lela locomotion; demandez à l'aveugle pourquoi il n'y YOit pas, bien qu'il m,pire, de toutes les forces <leson être, à la douce lumière. C'est à juste titre que les socialistes considèrent la réforme de lïmpôt comme la clc\des réformeH socialt'H. Mais c'est justement parce qu'elle est la c:lé des réformes ,;ociales à accomplir, (! ne le régime parlementai rd actuel est i1111n1issant it la réaliser. Cdte réforme, en cITet,suppose une répartition <'>quitable<les charg~i'\ Hoc:ialcsentre tous lei'\ citoyens. 1fais, pour l'asseoir, c'est tout notre régime économique qu'il faut mettre en cau.,e, car notre régime l•conomique, tel quïl est constitué, n'est pas compatible a,·ec une réparation équitable des charges, pas plus t1u'il ne l'est a,·ec une rl•partition équitable des bénéfices. Celle-ci, d'ailleurs, n'est-elle pas la conséquence de celle-là? L'impôt sur les capitaux et les revenus, ùans notre organisation où les capitaux, pareili,; au Protée antique, 1,rennent toutes les formes, glissent en tant ùo mains, fluides comme l'eau, impalpables comme l'air, s'évanouls:,ant ici pour reparaître là, circulant sur toute la surface clu globe, ù'ime manière abstraite, avec la rapidité de l'étincelle électrique; où les revenus subissent tant de fluctuations et sont si difficilement constatables: - cet impôt, assurément on en peut établir des approximations arbitraires, mais au grand risque de porter dans tout l'organisme social le trouble le plus profond. C'est pourquoi, tout en ne cessant ùe proclamer bien haut la nécessité ùe cette réforme, jamais des législateurs qui, par tant de liens tiennent aux classes bourgeoises, c'est-à-dire à celles qui, directement, profitent de l'état économique actuel, ne s'engageront dans une voie qui - ils le sentent confusément mais vivement-

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