RE,.UE DES LIYRES 381 i les contcmpara[ns de l'auteur des Soil·,•esde Suùit-P,'tel's/J,,11,·g pou- ,·aien1 lire l'çtucle de M. l'aulhan, ils seraient stupéfaits. au spectacle d'un philosophe de notre temps, un esprit libre de tout préjugé religieux. affranchi de toute croyance aux dogmes et aux révélations extra-naturelles. décounir dans l'œuue politique et religieuse de ~laistre tant de qualités mises au senicc de l'absolutisme catholiquP. C'est la marque des esprits supérieurs. des intelligentes fortes. de déborder. pour ainsi parler sur la pen,ée banale de leur siècle et d'emprunter à l'a\'enir des formules qui serviront un jour à battre en brèche le système qu'ils ont péniblement édifié et qu'ils se sont efforcés de cimenter. C'est que, comme le remarque 1\1. Paulhan,« lorsqu'un esprit supérieur s'attache à de grandes questions. il ne trarnille pas seulement pour lui, pour ses amis, pour son parti ; il travaille aussi pour ses adrersai1·es. Quand une doctrine se perfectionne. il faut que les doctrines ennemies se perfccti-,nue~t aussi ou qu'elles meurent. Celles que le romte de i\laistre a combattues ne sont pas mortes, elles se sont dheloppées et les adrersaires qui les ont si dgoureusement attaquées y ont contril.,ué pour leur part. Si l'impiév\ si la philosophie. si les nou,·ellcs croyances, s1 les aspirations du XIX• siècle ne sont pas celles du X\'lll•, c'est sans doute au progrès des connaissances qu'on le doit. c'est à l'initiati,·e de Darwin et do Comte, pour ne citer que les morts, c'est aussi à une réaction contre la réaction de Jo,cph de ~laistre et de Louis de Bonald. - Ce n'est pas tout encore. l'n homme de génie non seulement force ses ad\'ersaires à penser mais il pense pour eux. Parmi les inspirations auxquelles il s'abandonne, parmi les idi-cs qu'il fait naitre, parmi le sentiment qu'il fortifie, il y en a que ses ennemis s'approprieront... Des croyanc~s qni paraissent irrémédiablement hostiles si on les pousse à bout l'une et l'autre. eonrnrgent et ~e rapprochent. On •e trou,·e ainsi aller dans le même sens que ceux à qui on cro\'ait tourner le dos. • Ce passage indique très bien la n,éthode employée par .\1. Paulhan pour fouiller l'ceuHe de :llaistre. Je sais que cette méthode a des inconl'énients. Qui trop prouve ne prou\'e rien et à \'Ouloir démontrer que tout est dans tout. on arri\'e parfois à dénaturer complètement le système qu'on ne rapproche qu'à force d'analogies trompeuses et injustifiées. :\fais 1\1. Paulhan sait se tenir dans une juste limite des comparaisons autorisées, et sans altérer en rien le caractère rétrograde des doctrines du comte de ~laistre. nous montrer les côtés par lesquels cet espl'Ït I igoureux rompant le cercle de ses croyances et dépassant le but politico-religieux qu'il poursui l'ait éclaire parfois d'une lumière singulièrement troublante le problème de son temps. Ainsi. pour ne citer qu'un trait de son étude. à côté du ~laistre autoritaire, intlexible, ramenant tout au pape et au roi, il y a le :\laistre qui. par instant, se rend compte du~ dernnir » des choses, du processus èvolutir des institutions humaines: « Je sais tout ce qu'on peut dire de Bonaparte, écrirait-il, il est usurpateur, il est meurtri.cr; mais faites-y bien uttention. il est usurpateur moins que Guillaume d'Orange, meurtrier moins qu'Elisabeth d'Angleter, e. > Il amit donc le sentiment des nécessités inéluctables de l'histoire, ce légitimiste farouche. ce catholique intransi1ceant, dont l'épournntablc trilogie: le pape, le roi. le bourreau, se dresse etfra\'ante au seuil de son œn\'re. « Yous me dites, lisons-nous encore dans les pas,ages cités par 1\1. Paulhan, que les peuples auront besoin de gou- \'ernemeots {01·1s, sur quoi ,ie vous demande ce que vous entendez par là? Si la monarchie 1•ous parait forte à mesure qu'elle est plus absolue, dans ce cas, '.',aples, l\ladrid, Lisbonne doivent vous paraitre des gou\'ernements ,igoureux. Yous sa,•ez cependant. et tout le monde sait, que ces monstres de faiblesse n'existent plu~ que par leur aplomb. » L'homme qui écrÎ\'o.it ces lignes de Saint-Pétersbourg n'était assu1·ément pas qu'un simple illuminé. :M. Paulhan a ressuscité cette figure a,·ec sa doctrine et sa philosophie. Celles-ci présentent des points intéressants à étudier t't on n'aura pas pour cela de meilleur guide que le livre de 1\1. Paulhan.
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