La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA QUESTIOX SOCIALE DEY A~T LES CORPS tJXS ~53 répondu en prouvant que depuis la même époque le rendement des patentes qui, auparavant allait croissant, est devenu stationnaire. Il est évident que si la diminution relative du nombre des patentables était compensée par une augmentation du chiffre de leurs affaires, le rendement de l'impôt des patentes n'aurait pas cessé d'augmenter. ILreste donc bien établi, comme conclusion du débat, que la concentration commerciale dont l"aboutissant naturel est le monopole s'accomplit lentement mais siîrement. Nous nous étonnons qu'à ce sujet aucun député socialiste ne soit venu indiquer la solution socialiste, qui est non pas le remaniement de la législation des patentes, mais l'expropriation et la trausformation des magasins expropriés en grands services publics, exploités au mieux des intérèts de tous, dans un esprit égalitaire et fraternel. Si nous nous permettons, contrairement à notre habitude, de jeter un coup d"œil snr l"étranger, nous devons mentionner que dans les premiers jours de février de grandes discussions ont eu lieu au Parlement allemand sur les principes fondamentaux du socialisme. Bebel et Liebknecht ont prononcé, dans ce débat, plusieurs discours remarquables. :.\'ous Youlons citer à cette occasion quelques paroles très juste de Bebel, en ce qui touche à la prise de possession par !"Etat des mines, des chemins de fer et autres grandes industries. Jusqu·à présent les socialistes marxistes avaient manifesté une certaine hostilité contre cette solution au moins transitoire, dont la Rel'lle Socialiste et Benoit Malon ont toujours. au Gontraire, soutenu la nécessité : « La bourgeoisie, a dit Bebel, travaille à sa propre destruction « son expropriation et prépare ainsi la voie du socialisme. Plus " et à les grandes affaires se trouvent entre les mains d"actionnai- « res qui ne travaillent pas.plus l'expropriation est facile; et c'est « pour cela que nous sommes, jusqu'à un certain point, bien << d'accord avec l'Etat lorsquïl met la main sur les chemins de (< fer, les mines, etc., parce que nous voulons ainsi transformer « cette exploitation de l'Etat en propriété socialiste sans avoir « la peine d'exproprier les simples particuliers ~- (Le Socialiste, 9 f6vrier). C'est bien là, je crois, notre point de vue. Prise de possession par l'Etat des grands monopoles, ensuite conquête de l'Etat par le parti socialiste et transformation de ces exploitations d'Etat en administrations socialistes de cet immense outillage. Voilà donc encore une questio11sur laquelle l'accord est près de se faire: ce qui prouve qu'entre gens également sincères et s1chant réfléchir l'entente est toujours possible. A. DELON. 23

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