La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA QUESTIOX SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS :\;)l se trans(orme quatre fois par an environ en marchandises. Ces rapides évolutions, dont chacune laisse un profit portentjusqu'.à 45 ''/0 les bénéfices réafüés, étant déduits les frais de publicité et autres. Mais le pa~sage le plus intéressant de ce discours est celui dans lequel l'orateur explique par quel mécanisme les puissants capitaux: des grands magasins sont arrivés à ruiner l'industrie de la chaussure à Limoges. C'est un exemple frappant de la toute puissance de l'argent et de l'accaparement croissant de toutes les forces productives par les détenteurs de la puissance fina ncitrc . .\lessicurs, il est une industrie que j'ai vu particulièrement souffrir de cet Hat de chose, c'est celle de la chaussure. La Yille que je représente ëtait la deuxième de France pour la fabrication des chaussures. Elle avait une autorité commerciale incontestable; depuis je l'ai vue singulièrement transformée. Que s'est-il produit? Tant que l'industrie etait la spécialité d"un nomure considéraulc de commerçants, les ateliers étaient llorissants, la chaussure était bien confectionnée, solide; elle n'était pas, comme le sont aujour,fhui certaines de ces marchandises, prises av dehors, singulièrement avariées. cédant au premier effort, :1 la première pluie; clic durait des mois, des trimestres . .\lais alors on la payait suffisamment cher. Cert.~ins ouvriers elaient de , éritablcs artistes dans leur genre : ils pouvaient p1·endre un morceau de cuir à son 01·iginc et en peu de temps confectionner une chaussure dans toutes ses parties. Aujourd'hui, vous renCllntrcriez à Limoges uri fort petit 1,ornbre d'ouvriers capables d'agir ainsi. connaissant véritablement leur mé- . tier. On a fait cc qu'on appelle « la division du tmvail •; on a divisé le tra,·ail à l'aide de machines. Les grands magasins sont yenus dire aux industriels : Yous avPt. des f1·ais généraux considér11bles; il ,·ous faut des voyageurs de commerce pour µ1·endre les commandes, pour aller sollicite1· à domicile la client<'Jlequi ne vient pas à vous: vous confectionnez 400 ou 300,000 paires <le chaussures par <1n.Faisons mieux: nous vous offrons tout de suite une commande de 200,000 paires, commande qui se renouvellera les années suivantes. Chaque paire de chaussure vou~ revient, toute faite, tous frais deduits, à 16 fr .. je suppose: vous la vendez 20 ou 22 fr. Il vQus faut prélever un bénéfice ùc 4 ou 6 fr. par paire pour couvrir tous vos frais, de voyageurs ou autres në~essités par les commandes, et trouver aussi votre gain personnel; vous éviterez désormais tous ces frais, mais il faut nous consentir à nous un sacrifice; partageons, coupons, comme on dit, la poire en de;.ix: au lieu de prélever 4 fr. p,,r paire de chaussures, donnez-la nous à 18 fr., vous gagn e rez immé1.liatement 2 fr. par paire et nous vous en commanderons 200,000. C'est un bénéfice assuré, payé comptant; c'est en même temps le travail certain pour vos ouvriers. Des fabricants ont accepté. Puis, qu'est.-il arrivé? La concurrence étant ain-,i établie, le Bon Marché (ou le Louvre), est revenu sur le territoi,·e de la production faire lui-même concurrence aux producteurs et détaillants. A cette maison qui l'avait fourni, il ne demandait plus 2 fr par affaire: ;,,:on. Alors que celui qui avait fabriqué pour les grands magasins à 18 fr. maintenait son prix à 20 fr. pour les détaillants, le Bon Marché arrivait et offrait

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