La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

34.8 LA REVUE SOCIALISTE sance est tellement grande, que vous avez vu un aventurier exotique, san~ titre et sans nom, avoir plus d'influence que ,·ous sur les ministères et dans le gouvernement de la République . .Mais il y a quelque chose de plus grave encore : c'est que la fortune de la nation, la richesse sociale créée ])Ill' le dur labeur de la classe ouvrière de France est aujourd'hui entre les mains de ces hommes inconnus et irresponsables. Et quel usage font-ils de leur énorme puissance sur la fortune nationale t On a parlé ùes cosmopolites qui venaient en France troubler les sph~res gou,·ernementales; mais on ne parle pas des financiers français qui font de l'argent français un argent cosmopolite. Car c'est avec l'argent français que l'Espagne et le Portugal et d'autres pays d'Eu1·ope? C'est avec l'argent français que l'Autriche-Hongrie a eu son crédit agl'Ïcole. Vous, messieurs de la droite, vous réclamez, depuis plus de cinquante ans le crédit agricole; pendant que vous le demandiez, l'Union générale l'accordait à l'Autl'ic·he-Ilongrie. F.t quand? Juste au moment où le~ blés et les farines d~ la Hongrie faisaient concurrence Il. l'agriculture française. Il y a pis. Les financiers se servent tous les jours de l'argent ramasse en .France pour équilibrer les budgets étrangers. li y eut un moment où des difficultés diplomatiques surgirent entre la France et un pays voisin au sujet de la Tunisie, et c'est justement à ce moment-Ill. que les financiers ont couvert avec l'argent français le budget de ce pays, et, si la guerre avait éclaté, les soldats français auraient pu se dire que les balles qui leur auraient troue la poitrine avaient été fondues et achetées avec l'argent français. (Bruit). \'oilà ce que fait la finance aujourd'hui 1 Je le répète, sa puissance est énorme; et il ne faut pas croire que c'est par des applaudissements adressés à des ordres du jour comme celui que vous a présenté M. Cavaignac que l'on pourra diminuer cette puissance; la finance restera toujours la grande souveraine de la société capitaliste. Oh 1 les financiers peuvent se moquer de vous et de tous vos votes, parce qu'ils vous dominent, et la meilleure preuve c'est que, en plein scandale panamique, cette Chambre a accordé Il. la Banque de France le droit d'user de la planche d'assignat pour mettre en circulation 500 millions de billets ; elle a donné de nouveaux pouvoirs à la Banque de France pour rançonner le commerce et l'industrie. \'ous voyez qnelle est la puissance de la finance, et ce n'est pas par des ordres du jour ni même par des votes qu'on la diminuera, parce qu'elle se moque des vote; et des ordres du jour. La finance règne et gouverne, et elle continuera de régner et de gouverner parce qu'elle est la résuUante fatale, •nécessaire du système de prorluction capitaliste ... M. Mullet·. - Mais c'est une conférence que ,·ous faites-!~ 1 Ce n'est plus une interpellation sui· la politique génerale. 11:1· Paul Lafargue. - ... et, comme le décla1·e le manifeste du conseil national du parti ouvrier : u Qui dit système capitaliste dit société basée sur le bien-être rnns travail, sur le produit du travail volé aux travailleurs, sur le profit devenu runique mobile et l'unique tin de tout et de tous. En s'appropriant les capitaux déjù réalisés - et mis en rëscrve pour les mauvais jours - la finance juive et chr.!tienne, ne fait que suivre l'exemple et continu~r l'œuvre du patronat s'appropriant. au fur et à mesure de leur création, les richesses sorties du labeur prolétarien. • (Mouvements divers), En effet, c'est dans l'atelier que commence le dépouillement de la classe ouvrière, volée des fruits de son travail, et c'est pour CPla que dans la société actuelle la classe ouvrière, qui produit tout, est précisément celle.qui ne

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