La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

346 LA REVUE SOCIALISTE M. Cholet. - Vous parlez des paysans des Batignolles 'I M. Millerand. - Je pa:·le des paysans du Tarn ... M. Jaures. - Du Cher, de la );ièvr~ et d'autres départements encore. ~I. Millerand. - Je dis que ce n'est pas seul~ment parmi les tra,·ailleurs que pénètrent de plus en plus les idées socialistes, mais que, grâce aux vices mPmes du régime capitaliste, ce sont les petits bourgeois. ces petits commerçants chassés par les grands magasins ... (Applaudissements à l'extrême gauche) ; ce sont ces petits rentiers dépouillés par les krachs successifs du Comptoir d'Escomptc, du Panama et de tant d'autres sociétés qui ,·iennent grossir chaque jour, en bataillons <le plus en plus uomlJreux, les ran:;:s de l'armée socialiste. Quelle réforme profonde allez-vous donc apporter? Au nom de quelle idée, de quel principe allez-,·ous pal'!er? Qu'est-ce que vous allez faire pom· eux? ~I. Adolphe Turrel. - Et vous? M. Millerand. - Je vais vous le dire, mon cher collëgue. Je ne peux pas tout dire à la fois. . L"cléal que nous poursuivons peut paraitre à beaucoup d'entre vous une utopie et une chimère; mais je dis qu'entre l'heure où je parle et l'heure mV'stérieuse oit cet idéal se realisera, il y a place ... 1\1. Emmanuel Arene. - Vous serez mort. (Rires sur diners bancs). i\1. l\lillerand. - Eh bien, monsieur Arène, travaillez pour les vi\'ants . . . . Je dis qu'il y a place pour un certain nombre d'étapes à parcourir et je demande aux républicains qui m'écoutent s'ils ne peuvent pas, s'ils ne veulent pas se joindre à nous pour nous aide!' à faire plus vite ces étapes nécessaires. Je leur demande - et je sais que sur cc point dé,ià nous sommes d'acco,·d avec un grand nombre de mes collègues - je leur demande de s'unir à nous - et M. Leydet l'indiquait tout à l'heure comme une nécessité de notre situation - pour la réforme profonde jusqu'au tréfond même de notre législation économique. ;\lais je leur demande aussi d'aller plus loin. L'ennemi, on vous l'a indiqué; on ne vous l'aurait pas nommé, que vous !'auriez vu apparaitre déjà dans tous ces scandales qui défrayent depuis deux mois la pl'esse de France. C'est cette haute banque qui, installée en maitresse dans la ))Osition qu'elle doit à la faiblesse et à la complicité des régimes antérieurs, pousse aujourd'hui l'insolence jusqu'à s'introduit-e dans la gestion même de nos affai,·es publiques et à p"rticipe,·, vous l'avez vu, au gouoe,-ne - ment de la République. (Applaudissements à l'rxtrême gauche). U,i membre à l'extrême gauche. - Et à faire !t.,sélections. M. Millerand. - Eh bien, je vous demande si vous ·êtes disposés actuellement à vous associer à nous non seulement pou,· fail'e ces réfo,·mes dont on parlait tout à l'heure, mais pour marcher contre ces positions et enlevel' à hi haute baoque, et la Banque de Fran,ce, et les mines, et les chemins de fer, c·est-à-dire les proprietés nationales que nous lui avions coucédées et que nous devons lui 1•eprendre. (Yifs applaudissements à l'extrême gauche. - Réclamations au centre). Je demande pardon à me~ amis de la majorité républicaine si, dans l'exposé que j'ai fait, j'en ai contristé quelques-uns. Je <levais à mon devoir, au sentiment três pl'Ofond que j'ai des nécessités de la situation actuelle, de parle,· comme je l'ai fait. Je supplie le parti républicain de rev~nir à ses origines, à ses traditions, de se souvenir que c'est toujours au nom de l'idée, des principes, qu'il a combattu et qu'il a vaincu. Mes chers collègues, élevons le drapeau de la République assez haut audessus du ruisseau de boue qui coule pour qu'il n'en soit ni sali ni même effleuré. (Trés bien I très bien) 1

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