LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 34;') veau qu'ont pris les entreprises et les affaires, le divorce gi·andis~ant de la propriété et du travail, il est impossible de discerner sùrement l'hom,êteté et la malhonnêteté, l'entreprise loyale de l'escroquerie; c'est que uous assistons à une sorte de décomposition sociale, où on ne peut dire que telle nuance ♦ s'arrête à la probité légale, tandis que telle autt·e se rapproche de l'infamie. (Interruptions). M. le président. - Yeuillez écouter e11silence, messieurs: toutes les opinions ont le droit de se produi1·e à la tribune. M. Jaures. - Et j'espère, monsieur le président, que celle-d a le droit de se produire ici, car elle est la traduction concrète du sentiment d'honnêteté qui est dans toutes les consciences. Je dis qu'il ne sull1t pas d'apporter de vagues protestations d'honnêteté comme celle qu'apportait à la tribune l\1. Cavaignac, mais qu'à des solutions morales nouvelles il faut donner comme sanction et garantie ries solutions sociales nouvelles. (Tres bien ! sur divers bancs à gauche). • Oui, M. le président du conseil avait raison de dire que ce n'est pas lâ, - et c'est le seul point sut· lequel je sois pleinement d'accord avec lui, - que ce n'est pas là un étroit procès instruit contre quelques hommes entre les murs étroits d'un pt·étoire : c'est le procès de l'ordre social finissant qui est commencé, et nous sommes ici pour y substituer un ordre social plus juste. (Applaudissements sur quelques bancs à i;auche. - Mouvements divers). Quelques jours après, le 16 février, nouvelle interpellation. On cherche à couper court à la manœuvre Cavaignac, i reconstituer l'uniou des forces républicaines, à redonner au ministère un témoignage de confiance et une certitude de durée. L'interpellation par elle-même se termina, comme c'était prévu, par un ordre du jour de confiance: mais ce qui fil lïntérêt de cette journée, c'est que chaque parti crut bon de venir à la tribune pour y exposer sou programme et le faire connaitre à la masse électorale, dont la prochaine cousu!talion est la grande préoccupation de tous les hommes politiques. A ce sujet, noire ami Millerand a prononcé un de ces discours modérés de forme, mais fermes d'allure, pleins de tact, d'habileté Pt de sens politique, qui donnent une bau te idée de ses facultés et le classent parmi les hommes d'Etat de l'avenir. A notre très grand regret nous ne pouvons, faute de place. reproduire ce discours en entier. ?\ons en donnons ci-dessous la partie terminale qui traite pl us spécialement de la questiou sociale : Je dib qu'au-<lessus de cette question se dressent les questions sociales, et qu'il est impossible à aucun de ceux qui m'écoutent d'en méconnaitre et l'importance et l'acuité. Est-ce qu'à l'heure actuelle les paysans eux-mêmes ne s'éveillent pas dans plus d'un coin de la France à l'idée socialiste? Ce ne sont plus seulement les ouvriers des grandes régions industrielles qui viennent aux idées, aux programmes socialistes : ce sont en même temps qu'eux les paysans qui commencent à s'apercevoir que leur sort, leurs intérêts sont liés à ceux de leurs camarades de t1·avail et de misères des villes, c'est dans les rangs mèmes de la bourgeoisie ...
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