3-14 L.l REVUE SOCIALISTE meus pas comme vous dans la lumière de la gloire, - vous êtes excusable de n'avoit· pas suivi le mouvement loyal et sincère de ma pensée; mais, en tout cas, lorsque je vois des représentants de ce qu'on appelait autrefois le centre gauche, comme 111.Cavaignac, comme M. le président du conseil, apporter ici une critique socialiste de l'Etat actuel. .. (Rumeurs à gauche et au centre). i\1. Godefroy de Cavaignac. - Vous vous trompez; je n'ai point fait partie du centre gauche. M. Jaurès. - J'ai bien le d,·oit, à mon sens, j'ai bien le droit, moi aussi, de rendre témoignage aux idées qn'en dépit de vous, depuis des années, je soutiens dans le pays. Je me permets de dire à l"honorable M. Cavaignac et à M. le président du conseil qu'il ne suffit pas d'appeler ici des protestations indignées. Ce n'est pas Juvénal qui est chargé de conduire les affaires du pays; il ne suffit pas de flétril· et de dènoncer les scandales, il faut dire encore comment on entend les déraciner et en empêcher le retour. li!· Millerand, - Très bien I très bien ! li!. Jaurès. - Eh bien, depuis quelques années, entre les intentions gënéreuses, honnêtes, qui viennent d'ètré exprimées ici, et la politique des gouvernements successifs, il y a une contradiction singulière (Très bien à droite). Que voyons-nous, en effet? Qu'avons-nous constaté dans cette tl'iste affaire de Panama? - D'abord - je le dis bien nettement - que la puissance de l'argent avait 1·éussi à s'emparer des organes de l'opinion et à fausser à sa source, c'est-à-dire dans l'information publique, la conscience nationale. (Plusieurs membres à gauche. Trés bien I très bien) 1 M. Jaurès. - Or, ou moment même où se pratiquait cette sorte (\e sophistication de la pensée publique, il y a"ait dans des centres ouvriers des syndicats qui se cotisaient pour fonder des journaux non pas avec de l'argent pris ici ou là à de&banques nationalrs ou cosmopolites, mais avec l'~pargne préle,·ée sur les salaires. C'était là une ébauche de la presse loyale représentant v,·aiment l'opinion, et cette press.e, instituée par les syndicats des travailleurs, vous l'avez interdite. (Applaudissements sur quelques .bancs à gauche). M. le président du conseil. - :-Son! M. Jaurès. - Et puis, que constatons-nous, messieurs? C'est qu'il a surgi dans ce pays des institutions financières et capitalistes qui se sont emparées des chemins de fer, d~ la banque, des grandes entreprises, qui ont avoué avoir leurs caisses de fonds secrets avec lesquels communiquait la caisse des fonds secrets gouvernementaux p~ur établir l'équilibre. Je dis qu'au moment où l'on fait une constatation semblable, qu'au moment où l'on voit qu'un Etat nouveau, l'Etat financier, a surgi dans l'Etat démocratique,avet sa puissance à lui, ses ressorts à lui, ses organes à lui, ses fonds secrete à lui, c'est untJ contradiction lamentable que de ne pas ~ntreprendre la lutte contre cette puissance qui dëtient les chemins de fer, les l)anques, toutes les grandes entreprises! (Applaudissements à l'extrême gauche). Et enfin quelle est la constatation la plus douloureuse qui ressort du procès qui a été engagé? Si, dans toutes les affaires qui se sont produites, il ~tait facile de faire le départ entre ce qui est honnête et ce qui r.st malhonnête, s'il était facile d'absoudre à coup sùr, oui, la conscience publique se1·ait aisément satisfaite; mais ce qui la trouble, ce qui la ))ouleverse, ce qui vous obligera. à chercher des solutions sociales nouvelles pour rétablir la conscience humaine dans son équilibre, c'est précisément que dans· l'ordre social actuel, a\'eC·1e tour nou-
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