La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

340 LA REVUE SOCIALISTE française que les décaJ.ents polluent - avC'c autan.t d'aisance et une aussi magistrale simplicité. Le vers cou le, enchâssé dans une rime bien souvent riche - toujours suflisante; - il est libre, très libre, mais ne s'affranchit que rarement des règles du rythme si bien compris et si conforme au génie de la langue et de l'esprit français. Ce n'est point Straùa qui, dominé par sa pensée ou par la recherche de la phrase exactè, nécessaire à l'expression de cette pensée, écrira des vers de quatorze, quinze ou seize pieds; les douze de l'alexandrin lui suffisent. et dans toute son rouvre - pins de cent mille vers sont pubné; - je u·en ai pas relevé trente de treize pieds. Je me résume et je clos. Strada possède tont cc que les lecteurs - du plus savant au moins imbu des choses scientifiques - peuvent demander à un écrivain: la force, la gràcc, la verdeur, l'imagination, la profondeur, le rythme. Le savant trouve dans l'œuvre du maître penseur toutes les vérités scientifiques - encore que peu nombreuses mais comptant déjà, cependant - qui forment le patrimoine de l'Humanité; il les trouve, ces vérités, exposées admirablement, et toutes en la place qu'elles doivent occuper dans la série générale des choses apprises par !'Entendement humain; le métaphysicien, perdu au milieu des thèmes religieux, y voit, résumées et condensées, toutes les idées agitées au cours des siècles, sur Dieu, l'àme, la matière, la volition, le libre-arbitre; Je chimiste découvre un homme-qui a creusé toutes les genèses et qui, s'il ne sait où tout va, n'ignore pas d'où tout vient; If' libre-penseur y apprend à modérer ses anathèmes et à discuter, ainsi quïl se doit, preuves à l'appui, sans rien perdre de l'ardeur dans la lutte cl de l'assurance dans l'affirmation et la négation ; l'homme de bonne volonté qui errait à tàtons voit soudain la route éclairée et marche, d'un pas assuré, à la conquête du savoir; - le littérateur, cçlui qui ne cherche da11sun livre que l'artiste de la plume, que le peintre remplaçant la gamme des couleurs par le rythme des phrases et l'arrangement des mots, rC'connait, en Strada, un maître, qu'il burine de la prose ou qu'il chante des vers ... Et l'homme libre, l'esprit large, le cœur chaud, applaudit et s'incline devant cet immense savoir, devant cet homme dont le nom à peine connu aujourd'hm dominera le siècle, et dont le génie se double d'un cœur pitoyable et bon, vivifié par une âme aimante à laquelle ne sont étrangères aucune des douleurs de l'Humanité ... J .-F. MALAN. Marseille, Juillet 1892.

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