La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

336" LA REVUE SOCIALISTE Or, -et c·est surtout ici que l'influence fut néfaste de la centralisation artistique. - L'artiste, persuadé quïl ne peut se faire connaitre et avoir du succès que s'il a l'approbation des gens de la Capitale qui régente tout, se chàtre de sa personnalité propre pour se mettre au diapason du goût de ceux qui détiennerit. non seulement le succès, mais encore la possibilité même d'arriver an public. 1l sullt d"avoir essayé <lese faire éditer pour (\tre convaincu de ce que j'avance. Paris! Paris seul ! rien à côté, rien au-dessus 1 Eh! bien, les questions sont connexes. Si le salut des Sociétés d'Europe réside uniquement d3J1sune fédération des divers peuples qui composent le vieux monde, le salut ou plnlôt le rajeunissement - qui peut produire une floraison et un épanouissement nouveaux - de la littérature française, gestationne au sein d'une décentralisation bien combinée, qui pnmettrait à chaque race de donne,·, dans le grand concert artistique et littéraire. sa note bien personnelle et marquée nettement au coin de ,-es affections propres; qui laisserait surgir, du fond de chaque prodnce, l'observaleur qui a vu de près, qui a noté, qni a vécu de la vie même des personnages qu'il peint, et dans le milieu ambiant où ils se sont développés ... Et, si ce rêve se réalisait, quelle force aurait la littérature française! ... Quelle puissance de rendu acquerrait notre belle langue, si riche déjà, si elle s'augmentait, librement, des tournures particulières, de L'accent personnel. que lui donnent les écrirnins de province; tournures et accents pris à même la source féconde et pure des langues: an Peuplc>!... Quelle diversité dans cette floraison d"œuvres chantant en une langue re11forcée et une, malgré ses notations diverses et variées, la gloire de la Patrie, de la grande et toujours aimée patrie française - que les ignares et les sots nous accusent. nous qui nous sommes joints à elle, librement, donnés non point vendus, de ne pas aimer! Mais Paris ne veut pas cela; Paris veut être toujours le seu1 à consacrer les Renommées; il faut que tonte œuvre - quelle qu'elle soit - porte l'empreinte de son cachet. Je déplore, bien sincèremén t, cette tendance trop exclusiviste qui a déjà découragé tant d'artistes - et étouffera encore bien des vocations, bien des aspirations - forces mortes avant rl'êt:-e épanouies et qui manqueront certainement à la gloire future de la patrie commune ... Le role de la politique, rêvé par Strada, n'est point banal; la politique e~t une science qui s'apprend mal dans les réunions publiques, tumultueuses, desquelles montent injures, interpellations, diffamations, parfois. La politique doit deveµir une science sociale, et celle que le grand penseur préconise ne se peut me-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==