J. DE STRADA 329 Mais, où ces drames ne sont plus du théâtre - en prenant, comme étalon, les pièces actuellement prônées. bien entendu - c'est par la largeur, par l'ampliLude qu'ils ont, et par les diflicultés nombreu~es qui les hérissent, les changements incessants de scènes; de lieux, de décors, la :nultiplicité des acteurs qui, bien souvent sont foule - foule anonyme. mais nécessaire, mais indispensable au double jeu de la vie cérébrale et physiqne des acteurs principaux. • Pour représenter comme il se devrait, Sardanapale, la J.lfétée des !laces, ou Jesus, il faudrait, pour scène, une place publique et toute une journée ... Et, peut-être tout cela ne serait pas encore suffisant. Atoutes ces considérations, cependant, il faut en ajouter encore. Comme ces drames sont étroitement adéquats aux milieux quïls peignent, rien n'y manque, pas même le langage, parfois difficile à lire - plus diflicile e11coreà €xprimer devant un public. Dans Sardanapale, principalement, nombreuses sont les scènes d·un réalisme et d'une crudité qui ne pourraient supporter la violente clarté de la rampe, et la mimique devant forcément règner en mait.resse presque absolue sur la scène - étant la condition primordiale de l'existence d'un théàtre qui doit donner la représentation exacte de la vérité. Pour ces motifs, rapidement énumérés et pour bien d'autres. encore, les drames qui composent l'Epopée llumaine ne peuvent être mis à la scène. Pour qne leur représentation fùt possible il faudrait y pratiquer de larges et profondes coupures, qui détruiraient certainement leur force étrange, leur originalité intense, leur terrible empoignance. L'àme des foules mises en mouvement, qui se heurtent, les passions qui ardent, furieuses et indomptées, les masses qui vibrent au soufflepuissant de l'évocateur, se noieraient dans la phraséologie forcément pâle et aveulie, nécessaire au théàtre actuel. Et ces œuvres hors de pair deviendraient de pâles mélo - tragédies, si elles étaient mises au point qu'exigent l'exiguïté de nos scènes et la pruderie derrière laquelle nous essayons de dérober nos vices et l'émasculation de nos tempéraments. Que le grand poête se déclare satisfait d'avoir des lecteurs; son œuvre apparait ainsi dans toute sa force; elle n'emprunte rien à aucun élément étranger aux sujets qu'elle expose. La vie seule, les passions ardentes qu'il met en relief, les tableaux vivants et rudement colorés, parfois largement peints, profondément creusés, n'ont aucun besoin de l'illusion de la scène pour impression~er. Les spectacles que les drames de l'Epopee Humaine donnent à la lecture sont, par eux-mêmes, suffisamment terribles et suggestifs; ainsi présentés ils échappent à l'étroitesse,
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