La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE en un avenir essentiellement difi'érent du présent. Cette croyance, à la fois sentimentale et rationnelle, s'appuie sur la connaissance de la loi de développement de l'humanité, loi que Saint-Simon a découverte, comme on découvre toute chose, par un mouvement spontané de l'intelligence, mais qu'il a vérifiée ensuite par l'em· ploi de la méthode positive en usage dans les sciences physiques. Pour appliquer cette méthode à l'investigation des faits du passé, pour vérifier dans ces faits la loi du développement de l'espèce humaine, il faut, parmi les différentes séries de civilisation que présente l'histoire du monde, prendre la mieux connue, celle qui offre le plus grand nombre de termes, celle enfin dont le dernier terme constitue l'état de civilisation le plus avanc:é. La série qui s'étend depuis les Grecs jusqu'à nous remplit cette triple condition. Pour étudier, en évitant toute confusion, le dé\·eloppement de l'humanité durant celte période historique, il faut diYiser les faits sociaux qu'elle comprend en 8Ùies df' /1'1·1111'8 lw1,wg1'.111•s, et suivant les faits historiques dans chacune d'elles, en commençant par la plus générale, chercher si leur enchainement, si la croissance uu la décroissance qu'ils subissent est en rapport aYC'Cla loi conçue : dans le cas de l'affirmative, cette loi se trouve vérifiée. Les trois séries principales, qui embrassent toutes IC'sautres, sont celles qui correspondent aux trois ordres de faits de l'activité, s1•1tl imf'nta lr, scif'nt ifùJ11r et mrttlrir•llr ( 1). Essayons maintenant de faire con naitre la découverte de Saiut-Simon. L'humanité, a-t-il dit, doit ôtre considérée comme un ètre collectif qui se développe dans la succession des générations, comme l'individu se développe dans la succession des àges. Son développement est progressif; il est soumis à une loi que l'on pourrait appeler la loi physiologique de l'espèce humaine. D'autres, avant lui, Yico, Lessing, Turgot, Kant, Herder, Condorcet . . aYaient entrevu plus ou moins nettement l'idée de perfectibilité; et aujourd'hui cetle idée semble généralement admise; mais elle demeure encore stérile, comme elle l'a été dans les mains des philosophes que nous venons de nommer. Saint-Simon s1:,ull'a rendue féconde en caractérisant le progrès, en lui assignant un but, en montrant comme il s'est opéré et comme il doit se continuer. Yoici la marche que Saint-Simon a reconnue être celle du progrès: nous verrons ensuite le but qu'il lui a conçu. et qu'il a vérifié historiquement, selon sa méthode. Le développement des sociétés humaines ne s'est point effec- (1) Pour tous les détails dans lesquels nous ne saurions entrer ici sur le m~ranismc de la méthode, sur son application et sur la valeur qu'on doit lm attribuer, nous engageons nos lecteurs à consulter la troisi~mc séance de /'Exposition, V• 58.

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