320 LA REVUE SOCIALISTE ments moraux dans le langage du sentiment, c'est-à-dire dans les beaux-arts, ils en offrent la plus affligeante image, quelles voix poétiques trouvent en effet de nos jours le plus d'échos dans les âmes? cellrs qui profèrent des accPnts de douleurs; on applaudit aux traits d'une raillerie amère, ou à l'insoucianèe, qui n·est autre chose que l'égoïsme, étalée avec une imprudence qni sen le fait le procès de la société dont elle ne soulève point les répugnances. Dans tous les beaux-arts, on le sait, les formes satiriques ou élégiaques sont goûtées de préférence aujourd'hui, et ces formes s'attaquent l'une et l'autre aux sentiments sociaux, soit par l'expression passionnée du désespoir, soit par celle du mépris dont le rire infernal s'attache à souiller tout cc qu'il y a de pur et de sacré. D'ailleurs, pour attester tout cc que nous venons de dire sur l'individualité et la sécheresse des sentiments, faut-il une autre preuve que cette espèce de complaisance avec laquelle on convient généralement de notre infériorité dans les beaux-arts, à l'égard <leplusieurs siècles fameux? Cette preuve nous parait concluante, si l'on réfléchit que c'est par le la11gagc sympathique des braux-arts que l'homme est détrrminé aux actes sociaux, quïl est entrainé à voir son intérêt privé dans l'intérèt général; que les beaux-arts, en un mot, qui comprcnnPnt tout le domaine de l'éloquence, de la poésie, de la peinture, de l'architecture, de la musique, sont la source du dé,·ouement, des affections Yives et tendres, et non de simples jeux <l'une habileté technique (1). Le ton de modestie avec lequel notre siècle s'exprime sur son infériorité dans les beaux-arts contraste avec ses prétentions à l'é!!ar<l<les travaux dits positifs, ceux <lessciences et de l'industrie. Et cependant, les savants de nos jours, négligeant presque entièrement le perfeclionncme_nt des théories pour se livrer à une pratique lucrative, ou engagés exclusivement dans la même voie depuis la fin du XYI• siècle, depuis Bacon, amoncèlent les faits de détail, rncombren t le terrain, sans qu'une vue générale vienne le déblayer, en classant, en co-ordonnant ces nombreux matériaux. Chaque science a sa théorie particulière, qui souvent contredit les théories des autres sciences. Quant à l'organisation des corps savants, loin d'avoir pour objet de mettre de l'ensemble dans les recherches. de leur imprimer une direction, (L) Consultez, pour le développement de ces idées, une brochure intitulée : Au.c artistes : du passé et de l'a11enir des beaux-arts. Paris, 1830; un Discours sur les Beaux-Arts, dans !'Organisateur du 2;; déceml)re 1830; et une p1•édicationsur le même suj~t, dans le Globe du 3 mai 1831.
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