La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA RtèYOLUTIOS DE DE)fAIX 31 Dans ces conditions, n'est-il pas exact de dire qu'à son regard, le dl'oit, le del'Ui1· ne sont pas nés ;, La morale privée ne peut donc être entendue que comme une partie de la morale totale. Bile est réflexe, si je puis ainsi dire, en ce qu'elle a pour objet les dl'1·oirs de chacun en ver:; soimême, considéré comme membr~ de l'association humaine, et elle comporte ainsi toutes les règles de conduite qui ont trait à la conservation et au développement intellectuel, physique et moral de l'individu. En résumé, morale privée, morale domestique, morale sociale, sont des partie,; de la morale totale.C'est moins l'étude de leur existence propre et distincte que celle des actions et des rt'>actionsréciproques qu'elles exer:;ent les unes sur les autres qui peut nous amener it la conception de la véritable morale universelle; de même que c·est moins l'étude de chaque organe i:,ol6 du corps humain lp1e celle des actions et des réactions réciproques de ses organes entr'eux qui peut nous donner une idée de la vif' d'un être anim6. En effet, la morale privée ne s'entretient et ne se développe que grke aux réactions qu'exercent sur elle la morale domestique et la morale sociale ; la morale domestique, ne se maintient et ne s"élè,·e que gràce aux réactions inceRsantes qu'exerct>nt sur elle la morale Hociale et la morale privée ; la morale sociale croît et se modifie d'apràs les réactions qu'elle reç·oit de la mm·ale privée et de la moi-ale domestique; enfin la morale universelle naît du fon-.:- tionnemcnt, du jeu réciprnque, de l'équilibre harmonique des morales privée, domestique et sociale. On peut être un excellent homme, au point de vue tout personnel : honnête commerçant, ouYrier travailleur et rangé, et être en même temps un détestable père de famille, clur et brutal envers sa f~mme, injuste envers ses enfants, égoïste, sec et froid. )fais par contre, il est rare qu'un bon père de famille, aimant les siens, pratiquant les vertus domestiquc-s essentielles, soit un mau Yais citoyen. Et pourquoi ? parce que la mo1·.1ledomestique est une sorte d'extension, de couronnement, d'épanouissement de la morale individuelle. De même un mauvais époux, un mauvais père, un mauvais fils,seront bien rarement des hommes dévoués à la chose publique, des patriotes sincères, des hommes d'Etat désintéressés, des serviteurs passionnels du peuple. Auguste Comte dit avec raison : « Celui qui n'aime pas les siens sera toujours et a bon droit suspect dans le dévouement qu'il affiche envers une foule inconnue. » Et pourquoi ? parce que la morale sociale est, au fond, la morale domestique agrandie.

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