30 LA REVUE SOCIALISTE paut êtr~ considérée abstraction faite de la morale privée, parce que la famille est une agrégation volontaire d'individus, et que, dès lors, chacun de ses membras a, pour ainsi dire, deux perdonsonnalités, l'une naturelle et primordiale, en tant qu'inùividu; l'autra connmtionnelle et dérivée, en tant que faisant partie ùu groupe familial. A son tour, la )Iorale sociale ne saurait être définie, sans ces ùeux éléments de la morale privée et de la morale domestique ; par.:e que toute société est à la fois un ensemble <.!'individus et une agrégation de familles. Enfin, la morale universelle a pour bases la morale privée, la morale domestique et la morale sociale ; car l'humanité est en même temps la collection totale des individus, des familles et <les sociétés. )fais cette division théorique est purement artificielle, et n'a d'autre but que ùe faciliter l'étude du sujet ; absolument comme les sections anatomiques, bien que chacune soit circonscrite à l'étuded'une partie du eorps, ont ponr objectif commun l'étude llniq11e du corps entier. En effet, au point de vue philosophique, la morale privée, prise isolément, n·existe pas. L'homme seul, sans famille,sans société, ne peut évidemment pens·r qu'.\ sa conservation, à la satisfaction de ses besoins et à l'assouYissem~nt de ses désirs. Tous ces actes sont conçus et déterminés clans le sens du plein épanouissement de ses instin<:ts naturels. Ce qu·on appelle le cb-oit, le de1•ofr, n'existe pas pour l'homme isolé. Snpvosez un tout jeune enfant, abandonné tians une île déserte, et par hypothèse réussissant it échapper à la mort. Il vil, il grandit, il devient homme, sans savoir même ce que c'est qu'un homme, sans que rien puisse lui faire concevoir c1u'il existe, par ailleurs, d'autres êtres semblables à lui: Pourra-t-il jannis être question, pour lui ùe droif,ç et de dPvoil's, et par conséquent de morale ? Le droit, le druoir, dont la métaphysique a fait des entités absolues, préexistant (on ne sait ni comment, ni pourquoi) à toute association humaine, sont des mots dénués de sen,; pour l'individu seul, sans relation familiale ou sociale. Un droit, un devoir quelconque supposent nécessairement au moins deux êtres ayant un lien de relation entre eux, qui fait qne l'un est en étaLd'exiger cle l'autre quelque chose que celui-ci est dans l'obligation morale de fournir ou de consentir. Mais l'homme isolé, qui est obligé envers lui ? personne. Envers qui est-il obligé ? envers personne. Ses actes, quels qu'ils i;oient, ne })euvent à qui que ce soit causer le moindre dommage.
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