31G LA REVUE SOCIALISTE mon travail. C'est la passion de la science et du bonheur public, c'est le désir de trouver un moyen de terminer d'une manière douce l'effroyable crise dans laquelle toute la société européenne se trouve engagée, qui m'ont fait tomber dans cet état de détresse. Ainsi, c·est sans rougir que je puis faire l'aveu de ma misère, et demander des secours nécessaires pour me mettre en état de continuer mon œuvre. ,> Un seul jour, cette situation terrible, Je dédain et l'abandon qu'il éprouvait de la part des hommes en faveur desquels sa vie était un perpétuel sacrifice, le plongèrent dans le découragen1t,nt. Il douta de sa mission et voulut mettre fin à ses jours; mais sa m1ün heureusement le trompa, et cette rude épreuve Je pénétra d'un nouveau courage. Son œuvre ne devait point demeurer incomplète; il avait .créé une philosophie des sdences, u11e philosophie de l'industrie; Saint-Simon vécut assez pour trouver le lien, la religion destinée à unir ces deux créations; il composa li' Now•f'au Christianisme, et mourut peu de temps après, le 10 mai 1825. Plefn dP l'heureuse conviction qu'il venait enfin de couronner ses travaux, qu'il venait d'animer du souffle de vie la statue que ses mains aYaient élevée aux prix de tant d'efforts et de souffrances, persuadé qu'elle vivrait et traverserait les siècles après lui, il u'entretenait ses disciples, rassemblés en petit nombre autour de son lit de mort, que des espérances de l'avenir qu'il avait préparé à l'humanité. La mort de Socrate fut moins belle. Ceux qt1i désirent connaitre ce que fut Saint-Simon dans ses relations avec les autres hommes pourront l'apprendre dans cette page tracée par une personne qui a vécu dans son intimité, «Tousses travaux ont eu pour but le bonheur des hommes; la liberté, l'industrie, la philosophie dans ce qu'elle a de plus sublime, furent l'objet continuel de ses méditations, Des volumes seraient nécessaires pour développer toutes les idées que sa conYersation claire, vive et brillante savait rendre sensibles et palpables en quelques heures. Il ne parlait jamais de lui-même. Il semblait qu'il eût oublié sa naissance pour ne conserver du sang de Charlemagne qu'une noblesse d'âme et de sentiments que nul autre peut-être n'égala. Il ne se serait probablement plus souvenu de ses campagnes et de la valeur dont il avait fait preuve, sans la satisfaction qu'il ressentait d'avoir contribué au succès de la liberté. Rejetant toutes les distinctions qu'il tenait .dn hasard de la naissance, c'est par lui-même qu'il brilla; c'est l'homme en lui qu'il fallait connaître. A ne considérer que ses travaux, son existence doit paraitre avoir été toute intellec-
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