314 LA REVUE SOCIALlSTE savants; il mu lut connaitre les artistes et leurs inspirations; il voulut surtout comparer le génie de ces derniers avec celui des spéculateurs scientifiques. Sa maison fut pendant une année le rendez-vous des hommes les plus distingués de la capitale dans ces deux genres. Sa forLune, déjà entamée, acheva de se consumer entièrement dans cette expérience. Cependant son but se trouvait atteint; il avait rassemblé les matériaux sur lesquels sa vaste intelligence devait s'exercer : il se mit au travail pour les Pmployer. Napoléon avait adressé à l'[nstitut c!'tte magnifique question : Rendez-moi co111plfclrwJll'0{/1·èsd(' la sciencedep11i81780; clilf'S-moi quel Psi son état actuel; ('/ quels ;;ont [('s moyms à f'IIIJ!loyl'i' 7,011rlui fail'e faire df.~ progrès. L'Institut n'y répondit que par une série de rapports historiques partiels, qui, n'étant liés par aucune vue géneralc, ne pouvaient donner une véritable impulsion à la science. Saint-Simon entreprit de combler cette laru ne; il conçut et exécuta son I11li'od11ction cuu t rauaiu srif'llt1jiq11M du XLP sièrll' (1), large composition, dans laquelle il déposa le germe de la plupart des idées développées par lui dans la suite. Il y démontre, pour l'espèce humaine, ce q11e Baco11avait constaté pour l'individu. que l'activité de l'intelligence se manifeste par deux modes généraux, alternatifs, d'opération, la syntfu'.sf et l'analyse; le mode à priori, et le mode â 11ostf1•ion· ; il fait voir que la science, considérée dans la réunion de tous les hommes qui la cultivent, Jans la vue gl>nérale qui préside à leurs travaux, passe successivement, mais à des intervalles de temps éloignés, de l'ancûy.ç(' à la sy11thè.~f', de la recherche des faits à l'édificaLion des théories; que le plus grand pas que l'on puisse faire faire à l'esprit humain, dans la Jirection des sciences, consiste à déterminer le passage de l'atelier scientifique d'un mode à l'autre, lorsque le temps en est venu; il s'attache à prouver que depuis un siècle les savants de l'Europe, engagés dans les voies de l'analyse, les ont suffisamment explorées, et qu'ils doivent maintenant abandonner cette direction pour se replacer au point de vue général ou synthétique : en un mot, il s'efforce de les ramenPr au point de vue de Descartès qu'ils ont entièrement oublié pour celui de Newton et de Locke. Saint-Simon énumè1·e ensuite les principales conceptions des savants des XVII• et XVIU• siècles, parLiculièrement celle de Condorcet sur le développement de l'humanité, il donne les moyens d'étudier ce développement, étude élevée par lui au rang des sciences positives; puis il publie !'Esquisse d'un nouvel arbrf' encyclopédique. ('l) Paris, 1807, de11xvol. in-4•, tirés seulemenl à cent exemplaires.
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