La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

306 LA REVUE SOCIALISTE scapulaires, chapelets, médailles, etc. qui abondent près de tous les sanctuaires ri>nommés, on reconnait les gris-gris si passionnément aimés des sauvages africains, océaniens, américains; les amulettes si chères aux arabes, aux esquimaux. Tandis que chez les abyssins, au dire de Letourueau, les prètres vendent comme fétiches protecteurs des morceaux d'arbres foudroyés, chez les armoricains les prêtres catholiques Yenclent des licols bénis ou laissent vendre un tas d'objets de toute espèce, jouissant de propriétés spéciales gràce à leur consécration à un saint quelconque. A Sainte Anne d'.Auray la consommation de ces fétiches est considérable ; l'exploitation de la crédulité humaine y est poussée à un très haut degré. Bien avant d'arriver à la basilique, sm· la route, on est assailli de marchands et de marchandes qui offrent des cierges, de men{1s objets de piété. Arrivé sur la place où s'élève l'église de style renaissance mais sans grande valeur artistique, l'œil est sollicité par nombre d'éventaires et de petites boutiques, en même temps que l'oreille perçoit les appels pressants des vendeuses qui tiennent à écouler leur marchandise : chapelots, rosaires, mé- <lailles à l'effigie de la mère de liarie, scapulaires où un cœur sanglant s'étalo, statuettes de la Vierge et de sa mère, croix, crucifix, médaillon,; en relief plus ou moins grands repréEentant ,;ainte Anne, des photographies de l'église, des statues, des cierges, des braH, des jambe,;, to1·ses en cire pour ex-voto etc., etc. Les murailles de la basilique sont tapissées cl'ex-votos forts intéressants pour le penseur. La plupart décèlent une fois naïve, disons le mot une bêtise profonde. Le plus sou vent ce sont des tableanx,au dessin imparfait, au coloris criard ; les scènes sont des incendies, des noyades daus les biefs de moulins, si nombreux, en .Armorique, des accidents di ver~, etc. Dans un coin du tableau figurant le ciel, apparaît sainte Anne, seule ou accompagnée, sauvant les incendiés, les noyés, etc. Tout cela est analogue aux conceptions des sauvages ainsi qu'on le constate en lisantl'E!'Ol11- /ion rl'li,qieusl'. Dans ces amas d'ex-voto émanant surtout de paJ." sans, d'artisans, de petits bourgeois, j'ai relevé deux plaques de marbre où, en lettres d'or, s'étalent les actions de grâce d'un capitaine de vaisseau et d'un contre-amiral contemporains. Dans le '1.'l'l'.WJI' de la basilique, outre des reliques de sainte Anne offertes par l'impératice Eugénie, outre une soutane et une mo:i:ette do Pi~IX - c'est tout à fait comme clans les monastères lamaïques - j'ai vu deux épéei; offertes à sainte Anne par les généraux de Cissey et Bastoul en exécution de leur vœu. Ils avaient, en effet, fait le vœu de donner leur épée à sainte Anne si les Prussiens ne s'en emparaient point. En vérité, devant de tels actes, on se croirait transporté en un pays barbare ou bien ramené au moyen-âge ; à

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