La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

SURVIVANCES AXIMIQUES ET POLYTHJ\IQUES ~07 ,·oir ces ex-voto d'officiers supérieurs ou généi-aux, ayant passé par une école spéciale, on ne soupçonnerait point que nous sommes à la fin du XIX• siécle, à l'époque des chemins de fer, des téléphones, du transformisme, de la mélinite, et des torpilleu1:s. Non point seulement à Sainte Anne d'Auray, on trouve des ex-voto d'officiers; encore j'en ai vu à Sainte Anne du Porzic (commune de Saint-Pierre Quilbignon). Là étaient des épées, des sabres et même, si ma mémoire est bonne, une croix de la légion d'honnem, en dons offerts à la mère de Ma_ric.Ces officiers rappellent les guerriers mahométans bambaras qui portent sur eux une véritable charge d'une certaine racine qui préserve des balles. (Letourneau). Ces vœuxémanant d'officiers supérieurs ou généraux étonneraient s'il n'était prouvé que le fait de s'astreindre volontairement à la discipline militaire, d'aimer le militarisme, décéle chez ses auteurs une mentalité tout à fait moyenne, une infériorité patente de l'intellect. En vain j'ai cherché parmi les ex-voto ceux émanant de savants, de sociologues, de littérateurs, de médecins, d'ingénieurs, je n'ai rien trouvé, sans d'ailleurs que j'en fusse étonné. Parmi les ex-voto qui ornent les chapelles, les églises souvent se voient des représentations en cfre d'angelots, de bras, de jambes, de mains,matériels témoignages d'enfants sauvés de la mort,guéris tle maladies graves par la puissance du saint invoqué. Chez les peuples sauvages on trouve ces mêmes procédés de remerciement aux idoles thérapeutiques.En d'autres sanctuaires, comme à Sainte .Anne du Porzic, on aperç·oit nombre de béquilles laissées lit, comme témoins, par les malades guéris. En beaucoup d'églises les statue,; de la vierge ou des saints, surtout les premières, sont vêtues de riches toilettes comme tlcs polJpées. l\Iême des bijoux, faux pour la plupart, adornent ces sacrés personnages. Ainsi est la statue de :N". D. de Bon Secours à Guingamp. D'ailleurs à l'époque des pélerinages, des pardons, toujours sont habillées les statuettes que cérémonieusement des croyants portent en procession. •routes ces pratiques cultuelles prouvent sans conteste que ;,ous l'alluvion chrétienne· persiste encore le sous-sol animique, fétich,:ste comme en Tnùo - Chine, comme dans le monde musulman il persiste sous l'alluvion bouddhique ou islamique. Dans son dernier ouvrage, Letourneau rapporte que les nègres de Guinée comme les chinois battent on injurient les idoles qui n'exaucent point leurs vœnx, il m'a été dit que de même les bretons procédaient encore en quelques localités. Ils se mettent en colère après les saints qui n'ont pas accédé à leurs demandes, ils les injurient et quelquefois les brisent. Si cela est vrai, je n'en fus pas témoin, ce serait encore une preuve après tant d'autres

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