La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

SURYIYAKCES AXBIIQUES E'l' POLY'.rH.tIQUES 30:3 si sauvages, le clergé catholique soigneusement les entretient. Soit que grand nombre de ses prêtres croient véritablement à ces fontaines et sources miraculeuses, soit que, n'y croyant point, ils songent que ces pratiques, idiotes en vérité, sont productives pour les sanctuaires et leurs ministres, les prêtres tra \·aillent à l'extension de ces conoeptiorn, fétichiques, païennes qui, encore au temps de :\Iichel Le Xoblet (XVII" siècle), étaient générales chez les habitants des côtes bretonnes. Craignant sans doute que l'extirpation de cet animisme n'enlève toute foi en le déisme anthropomorphique catholique, le clergé préfère le cultiver, pour en retirer de grands profits, pour maintenir la population armoricaine, si robuste, si saine sous son influence néfm;te, abrutissante. Enorme est cette influence, car encore aujourd'hui, ainsi qu'il me fut dit de diYers côtés, les paysans paient la dîme au recteur. Point n'est possible de s'en abstenir sauf pour les personnes que leur situation de fortune rend indépendantes. A Saint-Vougay, humble commune près du chàteau de Kerjean, si l'instituteur n'assistait point aux offices, il serait stigmatisé en chaire même. Les élèves déserteraient l'école, il ne trouverait pl us ii acheter les aliments nécessaires aux siens et à lui-même. A la vérité cependant la religiosité bretonne et l'influence cléricale s'atténuent surtout en les localités où les chemins de fer déYersent des flots d'étrangers, touristeR, baigneurs qui, pour la plupart semblent sinon athées du moins indifférents pou!' les pratiques religieuses. Inilue aussi le service militaire qui, jetant pendant quelques années le soldat loin de ses foyers, en un milieu nouveau en contact avec <les hommes à l'intellect plus développé, dissipe un peu la Cl'édulité naïrn des armoricains. J\fais de retour en leur hameau, les jeunes hommes ne tanlent point à reprendre les absurdes pratiques de leur enfance, de leurs concitoyens. Le milieu clérical surtout agit dans les localités éloignées de toute voie ferrée, de tout lieu visité par les touristes, en ces villages à de rares intei·valles traversés par des pédestres curieux. Tel Plouescat, non loin de Saint-Pol, où un fonctionnaire me contait que les hommes, de retour après leur temps de se1·vice,oubliaient pour la plupart de pratiquer les cérémonies cultuelles; puis peu à peu gràce aux femmes, instruments dociles des prêtres, ils reprenaient le chemin de l'Eglise, non plus avec la foi de leur jeunesse ruais par hypocrite intérêt, pour pou voir vi vi·e chez eux. L'animisme, entretenµ avec tant de soin par le clergé, apparaît lumineusement à qui visite la Bretagne. Rares sont les église,; rien qu'à Dieu consacrées, innombrables sont les chapelles à des saints, à des Notre-Dames dédiées. Le Cornouaillais, le Léonais, le J\Iorbihannais n'implorent point le Dieu des métaphysiciens incon-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==