La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

302 LA REVUE SOCIALISTE étaient près de la statuette (1). D'ailleurs, il n'est, pour ainsi dire, point de sanctuaire célèbre où on ne trouve une fontaine miraculeuse. A :Notre-Dame du Folgoat,derrière l'église, ce bijou architectural, il en existe une où les jeunes filles soucieuses de se marier viennent pour consulter l'oracle. Le procédé est simple, il suffit de jeter une épingle dans l'eau; si. elle surnage qut>lques instants, <lans l'année le mariage se fera. Je ne serais point étonné que y_uelques bretonnes ne fraudent et ne trompent N.-D. en jetant des épingles préalablement huilées, graissées, ce qui retarde la chute. A Sainte-Anne-d'A.uray on trouve une fontaine aussi miraculeuse, arrangée en forme de piscine. Les cures sont, dit-on, fort nombreuses pour ceux qui ont la foi. Toujours il est, près de cette fontaine, des femmes qui, moyennant rétribution, offrent de vous laver les pieds clans l'eau lustrale; si vous refusez elles vous présentent des bollées d'eau pour y tremper vos lèvres ou vos mains. Un refus les étonne, tant elles sont accoutumées à voir leApèlerins en foule accourir. A Rumengol est aussi une fontaine miraculeuse; j'y fus un jour de pardon le 15 août et je pus assister aux pieuses ablutions <le!!pélerins accourus fort nombreux, environ trois mille. Sur la gauche de la route en contre-bas est la fontaine, protégée par une niche haute, encastrant une plus petite où est la.statuette de :N.-D. Accotée à la niche se tenait une jeune belle femrne, simplement vêtue. A la main elle avait un bol qu'elle plongeait clans l'eau sainte et qu'elle présentait ensuite, plein-, aux pélerins. Ceux-ci, hommes et femmes, procédaient rituellement aux ablutions." Les manches légèremcn t rêle vées, le pèlerin plongeait successivement ses mains dans le bol, los retirant mi-fermées de façon à conserver de l'eau 1 u,;tralo dans le creux de la main. Alors il élevait le bras en l'air lui donnant un mouvement de torsion, ouvrant la main, la paume on avant. Ce mouvement, non dépourvu de grâce, provoquait une sorte de rotation de la masse aqueuse qui, lentement, s'enrubannait autour du bras. Après il oignait son front et ses joues de l'eau lustrale dont il buvait une gorgée. Aucune rétribution n'était donnée à la jeune femme qui sans cesse puisait l'eau sainte que les pèlerins n'essuyaient point laissant à l"air le soin de les sécher. Bien loin de dissiper ces conceptions animiques si enfantines, Il) Cett~ survivance animique n'est pas spéciale à la Bretagne, j'en ai ren~ontré un autre exemple à .Montjean (Maine-et-Loire}. Là, non loin du hameau de Chateau pagne, est une fontaine miraculeuse consacrée à samt ~Jeen ; les hal.Jitants des localités voisines y vont une fois par an en pèlerinage; une chapelle y a été construite et on peut y voir des ex-voto, bras, jambes, bébés er, cil'e. Cette fontaine de Saint-Meen, dont l'eau est très pure et agréable au goùt, guérit les malades. moyennant des neuvaines.

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