La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

300 LA REVUE SOCIALISTE (li ne dit pas pourtant de quelle manière. Mais ce passage démontre que les idées malthusiennes n'étaient pas tout a fait étrangères à notre auteur.) Il n'y aurait alors que des pères, des mères, des frères et des sœurs. >> 'Cal. 171, et les Enlretiel!S, 177, 178). Les enfants sortis de la libre union de l'homme et de la femme seraient élevés par la société. La paternité et la maternité, dans le sens de l'ordre actuel disparaitraient. Elles ne donneraient à l'avenir qu'un titre à l'amour et à l'obéissance de tous les enfants. Ceux-ci seraient par contre, obligés d'aimer et de respecter tous les pères et toutes les mères. Boissel s'étend ensuite longuement sur la supériorité morale de la femme et il ne lui marchande pas les privilèges, il demande notamment que les mères et leurs filles soient élevées (( dans des temples111ag11ifiques, pour réparer les torts que les hommes leur ont faits jusqu'ici et pour faire revivre tous les titres que la nature et son auteur ont établis en faveur de la femme, pour le bonheur du genre humain. » (Ca/. 180). Telles sont les très audacieuses théories que Boissel formula et propagea pendant les grandes années de la période révolutionnaire, et non sans courage parfois. Ainsi, lorsque le 21 avril 1793, Robespierre eut lu aux Jacobins son projet de Déclara/101d1es Droits de l'Ho111111e, le citoyen Boissel lui opposa un contre-projet ainsi présenté : ,( Robespierre vous a lu la Déclaralio1d1es Droits de l'Ho111111e, et moi je vais vous lire la Déclaration des Droits des sans-rn/ol/es : Les sans-culottes de la République Française reconnaissent que tous leurs droits dérivent de la nature, et que toutes les lois qui la contrarient ne sont pas obligatoires. Les droits des sans-culottes consistent dans la faculté de se reproduire ..... (bruits et éclats de rire - l'orateur continue), de s'habiller et de se nourrir; dans la jouissance et l'usufruit des biens de la terre, notre mère commune, dans la résistance à l'oppresseur, dans la résolution immuable de ne reconnaitre de dépendance que celle de la nature de !'Etre suprême ». En conclusion générale, nous pouvons dire que, abstraction faite de quelques exagérations et du fait qu'il ne pouvait être question de l'exploitation capitaliste à un moment où le capitalisme n'était pas nJ, Catéchismedu GenreHumain fait de son auteur oublié un des précuseurs du socialisme moderne. François Boissel devait donc avoir sa place dans notre galerie des méconnus. B. MALON. (à su1vr,.)

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