La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

298 LA RE\''CiE SOCIALISTE XJI. - LE CATHÉCHISME DU GENRE HUMAIN. la thèse solûlarisle de Boissd, - Droit au bo11he11irgal pour /ous da11sla mesure des ressources,ommunes. - La, Morale, la 'Propnëli et la Famille. - Critiques tl soluli.ons. Pour être le critique virulent que nous avons vu dans notre précédent article, François Boissel ne manque pas de philosophie. Trop fils du XVIII•siècle pour ne pas parler de l'intérêt bie11entendu, il a grand soin de distinguer ce mobile de l'égoïsme et il nous démontre que si les hommes suivent les impulsions égoïstes <i le droit humain ne sernit que le droit des lions et des tigres », ce qui revient à dire la société livrée aux plus forts, aux plus féroces et aux plus rapaces de notre espèce. Très logiquement, l'auteur du Catbéchisme du Genre Hu111ai1i arrive à cette irréfutable conclusion que <i si le genre humain ne veut pas anéantir lui méme toute possibilité de bonheur, il doit réfréner l'égoïsme et lui substituer l'amour du bien commun. » Nous dirions maintenant fies motifs altruistes : r La plus simple réflexion nous démontre que le droit de chaque individu à l'existence ne saurait être mieux garanti que si, au lieu de nier et de combattre le droit égal des autres, il le reconnaît et se prête à le réaliser aussi de toutes ses forces. Ce ne sera qu'alors qu'il ne subira pas la réactio,i gé11érale t inévitable contre son égoïsme. En renonçant à la lutte contre tous les autres, il empêchera la lutte de ceux-ci contre lui mème. C'est par là qu'o11 parvient à chercher et à trouver so11propre bo11he11gré11éral. » Le droit égal au bien-être est ensuite nettement formulé: ii Bien que les hommes soient naturellement inégaux tant au pl,ysique qu·au moral, et bien qu'il en résulte des besoins différents, on ne saurait soutenir que quelques-uns de ces besoins et de ces désirs, tendant tous à leur satisfaction, les méritent plus les uns que les autres. 'Do11c par rapport à la préle11tio11tk satisfaire à ces besoins, ks i11divid11hsumains ne so11p/ as i11éga11x, et sont, par mite, tous égaux. » La thèse morale de Boissel n'est pas du tout banale : Le but de l'espèce humaine, comme celui de tout le monde vivant, est le bonheur, Et ii le bonheur humain consiste dans la santé, la force, l'adrcs·se de son corps, dans la paix et le contentement de son âme et dans le nécessaire pour la vie la plus frugale, » c'est-à-dire <i pour le vrai terme des besoins. » (Cat. l:l7). <i ... La morale et toutes les institutions humaines ne peuvent donc avoir d'autre objet, ni d'intérêt plus réel. que de prévenir et d'éloigner toutes les causes physiques et morales de la douleur et de rapprocher toutes celles du plaisir.» Avec de semblables théories le socialiste de 1789 ne pouvait admettre l'appropriation individuelle des biens dont le propre est de condamner à la misère, à la dépendance et à la souffrance la majorité des êtres humains.

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