LUXDIS SOCIALISTES 2(17 Rien de si radicalement négateur n'avait été publié ; Religion, Famille, Propriété, M1/ifaris111e, l'auteur sape tout, avec une véritable puissance critique. Voici en quels termes il parle de la guerre : << Nous appelons, s'écrie-t-il, cet art monstrueux de nous entregorger un droit, une institution humaine et même divine quoiqu'il soit évident qu'il n'en peut exister dont les effets soient plus inhumains et plus diaboliques ... C'est même sur cet art abominable, sur cette institution exécrable, la honte comme le malheur du genre humain, que les Etats les plus éclairés de l'Europe fondent encore aujourd'hui leur salut, leurs prétentions, leurs espérances, leur héroïsme, leur gloire, leur prééminence, leur destinée, en un mot, toutes leurs brillantes chimères. » (Cat. 8-9). Le triomphe de la civilisation serait l'invention de l'arme la plus destructive. « De façon qu'aujourd'hui celui qui donnerait la recette de réduire d'un coup d'œil toute une armée en cendre serait l'homme à talent le plus précieux et Je mieux récompensé. » (Cal. 109-110). Ce qui. d'ailleurs, est encore aussi vrai de nos jours que du temps de n9tre philosophe révolutionnaire. Boissel n'est pas plus tendre pour la religion. Comme la plupart des écrivains philosophes du XVlll• siècle. il est convaincu « que toutes les religions n'ont été et ne peuvent être que des inventions de l'homme imposteur, que l'ignorance et la crédulité du plus grand nombre ont adoptées originairement et que l'éducation a perpétuées j.usqu'à nous. » (Cat. 14 et passim.). Il ne voit donc dans le Dieu des prêtres et des églises que le Dieu des riches et des puissants, qui s'en servent pour asservir et tenir en frein les pauvres, Pour démontrer cette assertion il s'appuie sur le fait, d'après lui indéniable, que les religions ont soutenu de tous temps les gouvernements contre les opprimés. Sa critique verveuse s'exerce avec une violence égale sur l'ancien ordre social tout entier. L'ordre actuel mérite bien le nom d'ordre homicide, mercenaire et a1ifi-social. « Je l'appelle mercenaire, parce qu'il n'invite à faire le bien, que dans l'espoir d'une récompense, et à éviter le mal, que par la crainte d'un châtiment, comme chez Je~ esclaves. Je l'appelle homicide, parce qu'il arme le fils contre le père, le frère contre le frère, les familles contre les familles, les peuples contre les peuples, pour s'emparer des possessions les uns des autres, comme un os que l'on jette au milieu d'une troupe de chiens affamés. Je l'appelle a11ti-social, parce qu'il engendre l'intérèt désastreux de ne rapporter qu'à soi, ce qui ne doit être rapporté qu'à la masse générale de la société, pour ètre distribué, selon les be~oins de chacun de ses membres ; ce qui rompt tous les liens, et détruit l'essence ou les principes constitutifs du contrat social.» (Cat. 89. 90). Nous verrons prochainement comment !'écrivain révolutionnaire envisage la Morale, la Propriété et la Famille.
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