28 LA REVUE SOCIALIST& thémati~{• le (lue! ? (1) Et cependant, loin d'avoir disparu de nos mœurs, le duel, qui - chose caractéristique! - est généralement mépris{• par leHclasses prolétariennes, par ces ouvriers de ville gagnl•s par l'incrédulité, le scepticisme ou même l'athéisme: le duel continue d·êcre en honneur dans les hautes classes, aristocratique et bourgeoise; il est pratiqué par ceux-là même qui se piqnent d'être restés croyants, par les catholiques militants. Et c'est parmi les derniers fidèles de l'Eglise que le duel, flétri par elle, <l;,meure comme une loi de l'ho:1neur à laquelle un galant homme ne saurait se soustraire. Enfin, la séparation - que dis-je ? le divorce définitif de la morale eiYile aYec la morale religieuse est inconRrionciemment reco11111p1ar ceux qui afflrment le plus hautement la prédominance nécessaire de celle-ci sur celle-là. Est-il un seul catholique-laïc ou prêtre - qui ose prétendra que la moralité d'un homme est essentiellement relati Vil à l'état de se~opinions religieuses? Ne dit-on pas couramment, et n'est-ce pas, d'ailleurs, une Yérité d'observation banale, qu'il y a des honnête;, gens partout, c'est-à-dire que la bonne conduite, la vraie moralité, sont indépendants du culte qu'on professe, ou qu'on ne profes,;e pas ? Il est vrai que la politique ecclésiastique s'est toujours efforcée d'ajuster la morale dogmatique aux divers états successifs d'opinions ot de mœurs à travers lesquelles évolue la morale ciYile. Ç'a été l'œuvre continue des conciles de l'Eglise, et de ses plus l>minents docteurs, d'essayer de retarder le divorce fatal de la foi d'avec la raison ; et l'on sait, de reste, le considérable effort tenté au Xi'III° siêcle, par l'institution des Jésuites, et prolongé jusqu·anjourd'hui, pour retenir dans les mains du clergé, le gouvernement des ùmes qui, de plus en plus, lui échappe. C'est d'ailleurs au suprême effort de cette politique que nous voyons, actuellement, l'Eglise user ~es dernières forces, en tentant de ressaisir la direction du mouvement social, par elle perdu depuis trois ou quatre siècles: et tel est le secret de ce socialisme chrétien qui, sous l'impulsion d'un pape singulièrement intelligent, s'empare des doctrines les plus hardies du collectivisme moderne, les fait siennes, et par là rêve de reconquérir, pour l'Eglise, la domination des masses populaires. Mais toutes les concessions que la morale religieuse est contrainte de faire à la morale civile sont autant d'atteintes portées à1'intégrité du dogme auquel elle se rattache; et il arrive un jour où la morale civile ayant envahi tous ses domaines, le dogme submergé disparaît comme une inutile éi;ave. (l) Après l'avoir, d'ailleurs, formellement institué, ou du moins consacré, par le jugement de Dieu.
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