La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

RÈGÉXÉRATIOX MORALE DAXS L',UIJtRIQUE DU XORD 2(;) )lais, comment pourrions-nous suivre les principrs dr la morale quand nous comprenons assez mal la vie pour nous conRidérer comme ,les grains de sable pensants, dont le seul objet est de traveraer la vie ensemble, mais chacun pour soi? Xotre « règle de conduite )) se ba&1nt sur le rêYe insensé que l'homme peut vivre seul et se 811.tfi1·r> -à lni-mê1111', n'est dans la vio p1-atique qu'un artifice employé pour adoucir les frottements de la machine sociale : mais elle ne contient aucun flément de loi, ou bien il est purement hypocrite d'enseigner it l'homme qui mut être « respectable » à étre meilleur que les autres, à se tenir à l'écart de ses semblable;;, quand la m01-alité exige au conh-aire essentiellement que les hommes soient liés les uns aux autres. rn tel em;eignement est fatigant, parce qu'il est trivial et ~ans mérite. li fauclrai, <1ue ([Uelqu'un eîit la hardiesse de réclamer ce fait : qu'un grand nombre d'esprits intelligents - il serait effrayant de les compter - ont imité Xapoléon l" en méprisant toute m01·alité comme étant 11iai.~r>,·ir>s(101111rp>osw· de.~ 1101·icl's, et bien des gens influents ont cessé de la consillércr comme une puissance motrice. li est tr~•sflrheux que la morale couramment adoptée soit méprisable. Pour ceux qui adopteront la nouvelle interprétation de la Yie, une morale plus éleYée, une ,·raie loi se formera d'elle-même ; rette loi se di•finir,t ,·t peu près ainsi : vous vous intéresserez à vous-mêmes et aux autres comme parties int{•grales de l'Humanitt\ éternelle (ceh1 ne signifie paH du tout que Yous deviez vous inrértsser moim, à vous-mêmes) ,·on:; ne renoncerez pas à Yotre intérêt propre, au contraire, cet intérêt sera mieux soigné. Et « vous intéreH:;;er it votre prochain ll a ici une autre signification que clans l'éthique coumnte, qui regarde les hommes simplement comme tles individus, tandis que l'éthique supérieure dit : Yous vous intéresserez à Pierre et à Paul, non pour leur individualité, mais bien parce qu'ils sont membres constituants de la Société tlont le bien-être est votre propre bien-être. L'éthique supérieure ne reconnaît pas la division arbiti-aire des devoirs envers Dieu, des devoirs e1ners la Société et des devoirs personnels; elle n'admet qu'une moralité: la moralité sociale, et n'accorde aux autres devoirs que l'importance qu'ils méritent. Elle admet une moralité per,:;onnelle, mais seulement comme accessoire à la moralité sociale. Par exeniple elle recommande les soins <lepropreté, le plus personnel des deYoirs, donnant comme raison que l'on ne peut remplir ses devoirs sociaux si l'on n'est pas habituelloment propre. Enfin, elle ne distingue plus les devoirs envers Dieu des devoirs envers la Société, d'où il résulte une Unité parfaite. Cette éthique supérieure est nécessairement une moralité molerne, puisqu'elle a pour source l'idée moderne que la société 18

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