27:l LA REVUE SOCIALlSTE raison d'être, sans laquelle ils n'auraient pas pu vivre; cette étroite confraternité, cette « res publica. » dirigeait leurs esprits comme votre corps dirige ses différentes parties. Je prétends encore que ce même sentiment était le principe vital de nos ancêtres catholiques du moyen-âge. Ceux-ci voulurent coyriger le défaut deR anciens en remplaçant l'instinct par la Prr.~r//lnalitémoralP dP l'lw111mr; l'idée était heureuse et eût pu donner un bon résultat, mais leur conception de l'l'nité organique de l'homme fut très naïve, et bien en rapport avec l'esprit de répotiue: ilRdonnèrent ù. la nature, à la nature humaine de Jésus, le fils du charpentier hébreux, une origine di \'Îne. Ils ont malheurcm,ement introduit en même tempri un ri.ouveau défaut, que le ProteHtantisme a encore augmenté : c'est la tUvision de l'humanité 1livinisée en deux parties ayant des destinées différentes: cela a fait naître cette préoccupation grossière et égoïste du salut individuel de l'âme dans un autre monde . .Je suis arrivé au point essentiel de mon discours, à savoir : que le sens de l'Unité sociale organique de l'homme renaît heureusement avec notre génération. Pour nous en assurer nous n'avons qu'à regarder autour de nous; partout ici comme en Europl', cette idée que nous ne formerons qu'un tout, qu'une unité s'ernpar~ d'un nombre d'esprit toujours croissant, et est propagée pa.r les différents systèmes du socialisme moderne. En Europe elle menace malheureusement ùe s'égarer dans une mauvaise voie, au détriment temporaire de l'humanité. li est cerlain que ce sentiment continuera a se développer fién~usement jusqu'au jour 01\ il s'impooera à tous comme une cho>1etoute naturelle, ce qui fut le cas pour nos ancêtres. Alors la vie aura un nouveau but; nous aurons une foi nouvelle: la certitude que l'Humanité (non plus une classe dans une ville, ni même la Bi'ule chrétienté, mais l'H11111r111ité) est une progn~sion éter11ellt•, un 01yanis111e social, n'ayant qu'une seule destinée, et que nom, sommes dans le monde non paHpour nous occuper exclusivement de nos plaisir:J respectifs, mais avec la mission d'unir tous nos efforts pour faire avancer l'humanité dans sa destinée éternelle. Cette foi nouvelle sera une fusion de la foi des anciens et de celle des chrétiens. Elle donnera à la vie une nouvelle vigueur, la remplira complètement et fera diBparaître cette triste préoccupation de l'homme pour son salut personnel. Cette nouvelle foi nous enseignera la vraie signification du mot « morale > qui, pour le moment exprime une idée très vague ·et élastique dans notre langue. Quand nous aurons une juste conception de la vie, nous serons naturellement portét! à y conformer notre manière de vivre, et c'est là la signification du terme «morale».
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